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29 janvier 2012

Les brésiliens de l'année 2011, par le newsmagazine Istoé

Et voilà. J'ai laissé passer la fin de l'année 2011 sans publier mon traditionnel billet sur les brésiliens de l'année, vus par les médias (Istoé, déjà, l'excellent news, en 2009, ou Epoca, son concurrent du groupe Globo, en 2010). Qu'à cela ne tienne, comme je sais (les statistiques ne mentent pas :) qu'il s'agit des posts parmi les plus lus par mes aimables visiteurs, je me résous, même avec un honteux atrasão (gros retard), à vous faire part des citoyens brésiliens que Istoé a honorés pour leur remarquable (?) action en 2011.



# Le Grand Prix, toutes catégories confondues : 
En 2009, c'était l'ex-président Lula qui était distingué. Sans surprise (sans originalité ?), c'est Dilma Rousseff, l'actuelle "tenancière" du Planalto, qui est consacrée. Il faut dire qu'avec un taux d'approbation record de 71% des brésiliens après un an de mandat (plus que les 69% du second mandat de Lula), l'ancienne pasionaria d'extrême-gauche devenue la première femme à présider notre beau Brésil dépasse les plus folles espérances de son mentor-créateur, Lula himself, en matière de gestion de l'héritage luliste. Pourtant, force est de constater que l'année 2011 n'a pas été révolutionnaire en matière de réformes et de décisions politiques, Dilma se chargeant d'assurer les fondamentaux (contrôle de l'inflation et des taux d'intérêts, principalement)...tout en se séparant tout de même de 7 de ses ministres (pour corruption, trafic d'influence, etc...) ! Et si c'était le facteur principal d'une telle popularité ?...

Dilma, plus forte que Lula ?

# Homme politique de l'année :
"Je ne suis ni de droite, ni de gauche, ni du centre, mais de tous ces bords à la fois". C'est l'auteur de cette phrase somme toute mémorable qui a été choisi par Istoé comme politicien brésilien de l'année, je veux parler de Gilberto Kassab, l'actuel maire de São Paulo et président du tout nouveau parti (de gauche-centre-droit donc) qu'il a lui-même fondé à la fin de 2010, le Parti Social-Démocrate (le PSD, tout un programme, donc). De fil en aiguille, et grâce à l'habileté toute politicienne de ce fils d'immigrés libanais, qui a su débaucher nombre de parlementaires, le petit PSD est devenu grand : il est aujourd'hui le 3ème parti représenté au congrès (derrière le PT de Lula / Dilma et le PSDB de José Serra), et est parvenu à attirer dans ses rets des personnalités honorables et populaires, tel l'ancien président de la Banque Centrale brésilienne, Henrique Mereilles. Tout ceci ne fait ni un succès électoral, ni ne garantit un futur doré à l'homme dont le goitre promet déjà de rivaliser avec notre Edouard B. national, mais il lui assure déjà une position enviable sur la scène politique brésilienne.

Ni de droite, ni de gauche, bien au contraire ?

# Prix de la "citoyenneté" :
Un titre étrange que voilà. Mais attribué à une personnalité incontestablement "star" de 2011, en l'occurence le Secrétaire à la Sécurité de l'Etat de Rio, le gaucho-carioca (il est originaire du Rio Grande do Sul, dans le sud du pays) José Mariano Beltrame. Son fait de gloire : être le grand concepteur-ordonnateur des fameuses UPP, ces Unités de Police Pacificatrice qui ont pour rôle d'assurer durablement la sécurité dans les communautés de Rio, jusqu'alors livrés à la guerre des gangs et aux trafics en tout genre. Malgré quelques couacs (comme l'arrestation en septembre 2011 du commandant de l'UPP de Santa Teresa, accusé de corruption et de détournement d'argent), force est de constater que cette stratégie a profondément modifié le quotidien des dizaines de milliers (voire centaines de milliers aujourd'hui, avec les "pacifications" récentes et rondement menées des grandes favelas, Rocinha et Vidigal) d'habitants des quartiers déshérités de la mégapole fluminense, leur assurant en premier lieu un droit fondamental, la sécurité, ou la garantie de ne pas sortir de chez soi et de prendre une balle perdue. Ce faisant, Beltrame a acquis aujourd'hui un incroyable statut d'intouchable, voire de rock-star (samba-star ?) auprès des cariocas, tant et si bien que nombreux sont ceux qui pensent qu'il a le profil idéal pour être le prochain gouverneur de l'Etat de Rio. Rendez-vous en 2014 pour valider cela !

Super Mari(an)o

# Homme de culture de l'année :
Antonio Candido de Mello e Souza, le grand intellectuel, essayiste et homme de lettres carioca (il est né à Rio de Janeiro en 1918) est distingué par Istoé dans le domaines des arts et de la culture. Moins pour son actualité en 2011 (il n'a pas été particulièrement productif cette année, à 93 ans révolus) que pour récompenser l'ensemble de sa brillante oeuvre, dont le clou est certainement cette "Formation de la Littérature Brésilienne", écrite en 1959, et qui doit être le livre de chevet de tout étudiant (brésilien) en lettres qui se respecte.

Antonio et ses livres

# Sportif de l'année :
Coup de tonnerre dans le landerneau sportif do Brasil : ce n'est pas un footballeur qui a été élu cette année ! Mais malgré cela personne ne contestera la pertinence du choix du newsmagazine, tant Anderson Silva, 36 ans, le (multi) champion actuel, catégories poids moyens, de l'UFC (Ultimate Fighting Championship, cette discipline de lutte free-style et hyper-violente qui passionne les brésiliens) a occupé l'espace médiatique tout au long de l'année 2011, le tout culminant le 27 août dernier à Rio, avec la 134ème édition de l'UFC, durant laquelle Anderson "The Spider" Silva a défoncé (passez-moi l'expression) le pauvre japonais Yushi Okami. La vidéo ci-dessous en apporte la plus parfaite démonstration (âmes sensibles s'abstenir) :


Bon, personnellement, je préfère un bon vieux clasico Flamengo-Corinthians (Anderson Silva est d'ailleurs un Corintiano doente, soit un supporter fanatique du club paulista, champion en titre du Brasileirão), mais il faut avouer que le spectacle est impressionnant, à défaut de faire appel aux instincts les plus nobles de la race humaine...

Rendez-vous début 2013 pour partager sur les Brésiliens de l'année 2012 !

17 juin 2011

Quand Dilma écrit à FHC...

J'ai souvent eu l'occasion sur ce blog, mais aussi sur l'espace que m'avait accordé Rue89 lors de la présidentielle brésilienne l'an dernier, de vous faire part de l'admiration et du respect que j'avais pour le travail colossal qu'a mené l'ancien président Lula da Silva durant 8 ans, pour réduire les inégalités -encore indécentes- qui gangrènent le Brésil, tout en accélérant le développement économique -et l'attractivité internationale- du pays (à ce sujet, et pour les heureux résidents au Brésil, je ne peux que vous encourager d'aller voir le formidable documentaire "Familia Braz - Dois Tempos" qui illustre, à travers les témoignages d'une famille de la classe moyenne de la banlieue de São Paulo, les considérables changements intervenus dans la société brésilienne entre les années 2000 et 2010). Mais je ne vous ai finalement jamais parlé du prédécesseur de Lula, le sociologue et économiste Fernando Henrique Cardoso, "FHC" pour les intimes -et aussi pour tous les autres.

FHC et ses bouquins...
 

A l'instar de Lula, FHC a gouverné le Brésil pendant deux mandats consécutifs, de 1994 à 2002, sous la bannière du PSDB, le parti de centre-droit qu'il avait lui-même fondé en 1988. Il fut également un excellent ministre des affaires étrangères, puis de l'économie, sous le gouvernement d'Itamar Franco, entre 1992 et 1994. Auréolé du succès du Plan Real (1993), qui vit l'ancien cruzeiro -déprécié par des années d'hyperinflation-  remplacé par la monnaie actuelle du Brésil, il bénéficia ainsi d'une rampe de lancement idéale pour être élu président, et ce dès le premier tour de l'élection présidentielle de 1994.

Je pourrais vous parler plus longuement de la carrière et du bilan de ce vrai homme d'Etat, démocrate dans l'âme, cultivé et sensible, mais il s'avère que la présidente en titre, Dilma Rousseff, a eu le bon goût de lui adresser une carte élogieuse à l'occasion de la célébration de son 80ème anniversaire, qu'il atteindra ce samedi 18 juin. Je vous en livre ci-dessous les meilleurs extraits...avant de vous reparler un peu du contexte...

"Cher Fernando Henrique, il y a tant de traits de votre caractère à rendre hommage en ces jours où vous fêtez vos 80 ans. L'académicien innovant, le politique habile, le ministre-architecte d'un plan durable de sortie de l'hyperinflation, et le président qui a contribué de manière décisive à la consolidation de la stabilité économique du Brésil. Mais je veux également mettre en avant le démocrate que vous êtes, qui a lutté pour ses idéaux, toujours d'actualité aujourd'hui...Vous avez toujours cru dans la force du dialogue comme moteur de votre politique, et ce fut essentiel pour la consolidation de la démocratie brésilienne durant les huit années de votre mandat. Ainsi, vous avez été le premier président depuis Juscelino Kubitschek -en 1961- à laisser la place à un successeur de l'opposition qui soit également élu...Je ne cache pas que ces dernières années nous n'avons pas toujours partagé les mêmes opinions, mais, justement à cause de cela, mon admiration pour votre ouverture dans la confrontation franche et respectueuse des idées s'en est trouvée renforcée. Cher Président, toutes mes félicitations et une accolade -abraço en portugais- affectueuse !". Dilma Rousseff

Le site 80anosFHC.com.br et la lettre de Dilma

Ces compliments, plutôt rares sur la scène politique brésilienne, sont d'autant plus notables qu'ils s'adressent à un homme, qui, s'il a certes sa carrière politique derrière lui, a été un talentueux opposant à Lula -le prédécesseur de Dilma à la présidence du pays et principal instigateur du sacre de la nouvelle chef de l'Etat. Un opposant d'un tel talent que FHC aura vaincu par deux fois, et de manière assez nette, le fondateur du Parti des Travailleurs à l'élection présidentielle (en 1994 et 1998, donc), avant que finalement ce dernier ne l'emporte, en 2002...mais sans affronter son carrasco (l'équivalent de notre "bête noire"), qui ne put se représenter pour des raisons constitutionnelles (les mêmes qui ont empêché Lula de prétendre à un troisième mandat). Au-delà, et comme l'a souligné avec délices l'opposition tucana (le toucan est l'emblème du PSDB, le parti fondé par FHC), ce geste peut être interprété comme une "tentative (de Dilma) de prendre de la distance avec son mentor (Lula)" dans une conjoncture politique compliquée (avec la récente démission de son ministre de la Maison Civile, Antonio Palocci) qui refait surgir le spectre d'un interventionnisme "lulien" dans les affaires du pays...

03 novembre 2010

Dilma élue : le beau courrier d'un lecteur du Globo

Dilma Rousseff vient donc d'être (largement) portée à la tête de la présidence du Brésil, en obtenant près de 56% des voix au second tour face à son rival malheureux, José Serra. Avant de revenir plus longuement sur le parcours étonnant de celle qui devient ainsi la première femme présidente de l'histoire de ce pays-continent, je voulais partager avec vous cette belle missive envoyée le lendemain de l'élection, par Ivan Mouta, lecteur carioca du quotidien O Globo, dont je partage pleinement le contenu.

"La victoire de Dilma ne montre pas seulement  tout le prestige du président Lula. C'est également une évidente démonstration de satisfaction et de confiance que le peuple brésilien a témoigné au gouvernement actuel. Le résultat des élections montre plus encore : la société brésilienne s'éloigne de plus en plus de toutes les idées préconçues qui ont tant retardé notre pays. Au final, il faut admettre qu'il y a quelques années, il aurait été impensable qu'un leader syndical venu du Nordeste et avec quasiment aucun bagage scolaire soit élu, puis réélu, et encore plus qu'il fasse d'une femme son successeur. Si l'on met de côté les idéologies, c'est une preuve irréfutable de la maturité politique atteinte par notre pays."

Parabens, Ivan ! :)

03 octobre 2010

Présidentielle au Brésil : en route vers le second tour !

Second tour ou pas second tour ? C'était LA question que journalistes, commentateurs politiques et simples citoyens se posaient avant que les 135 millions d'électeurs qui composent le Brésil ne se rendent aux urnes, en ce dimanche grisâtre sur Rio. Dilma Rousseff, la candidate du PT, allait-elle réussir là où même le grand Lula, son modèle et mentor, avait échoué : se faire élire président(e) de la république fédérale du Brésil dès le premier tour de scrutin ? 
Le verdict vient de tomber : avec 46,7% des voix (soit près de 47 millions de votants), Dilma l'élève ne sera pas parvenue à dépasser Lula le maître. Pis, alors que les tous derniers sondages lui prédisaient tous entre 49 et 52% des voix, elle fait même moins bien que le président en titre lors du premier tour de 2006, où Lula avait collecté 48,6% des suffrages. La (relative) surprise vient du très bon score de la verte Marina Silva, qui obtient près de 20% des voix -elle réussit même la prouesse d'être en tête dans le District Fédéral de Brasilia. Cela ne lui suffira néanmoins pas pour être présente au second tour, le tucano (le toucan est l'emblème du PSDB) José Serra s'accrochant bien solidement à la deuxième place et recueillant les faveurs de près de 33% des électeurs.  

La carte des votes et les scores des candidats - le 3 octobre à 22:30
Les citoyens brésiliens ont donc décidé de s'accorder un second tour, qui aura lieu le 31 octobre prochain. La démocratie en sort à mon sens grandie : le plébiscite pro-Dilma avait quelque chose d'artificiel et de presque injuste pour les deux autres candidats, et les quatre semaines qui s'ouvrent ne seront pas de trop pour creuser la question des programmes et du Brésil que veulent chacun des candidats des deux grands partis qui occupent l'espace politique brésilien depuis la "redémocratisation", il y a maintenant 20 ans. 
Un mot sur l'Etat de Rio, où le gouverneur sortant Sergio Cabral, fort d'un bilan honorable (en particulier la baisse de la criminalité orchestrée par la mise en place des fameuses UPP dans les favelas de Rio), a mis une pâtée à son opposant Fernando Gabeira : 62% des voix exprimées contre 21% pour le président du PV (Parti Vert). Heureux qui comme Sergio...
Deux lignes également pour un peu d'autosatisfaction : j'avais annoncé ici le second tour, en surestimant même un peu Dilma (je lui prédisais 48,5%), mais en annonçant le score exact de Marina (19,5%) ! :)
Bref, on revient sur tout ceci sur le blog du Frenchman in Rio d'ici peu, en particulier le jeu des alliances -quelle sera la position de Marina ? Sera t-elle alignée avec la position de son parti ?...A suivre de près ! 

01 octobre 2010

Dernier débat de la présidentielle au Brésil : enfin (un peu) de fond !

Alors que je me désespérais dans un post précédent (cf mon petit espace Ola Brasil que m'ont gentiment ouvert les amis de chez Rue89) de l'absence totale de mise en avant des idées et des intentions programmatiques des principaux candidats dans la campagne présidentielle brésilienne qui s'achève (le vote du premier -et seul ?- tour a lieu ce dimanche 3 octobre),  un petit miracle est survenu lors du débat de ce jeudi soir, le tout dernier avant que les électeurs se prononcent, durant lequel les apprentis présidents ont rangé leurs couteaux et tu leurs vaines querelles pour enfin présenter quelques-unes de leurs "promesses" électorales.
Serra, Dilma et Marina à l'issue du débat de ce jeudi
On a ainsi pu apprendre en vrac et en fonction des thématiques soumises par le présentateur vedette de la Globo, William Bonner, que :

# Sur le droit du travail, Marina Silva (PV) et José Serra (PSDB) se retrouvaient pour estimer qu'il fallait créer un statut spécifique pour les nouveaux entrants sur le marché de l'emploi, en maintenant le niveau des droits tout en simplifiant les formalités administratives pour embaucher, afin de réduire le travail dit "informel" (estimé à 50% des emplois pour les deux candidats de l'opposition). Dilma (par ailleurs habillée comme un sac), sur ce terrain, a fait du Dilma, et s'est bornée à énumérer la réussite (réelle mais passée) du gouvernement Lula, qui aura créé près de 15 millions de nouveaux emplois en 8 ans de présidence.

# Sur les impôts et taxes, le jeune (80 ans) et socialiste Plinio Sampaio (PSOL) a annoncé qu'il voulait supprimer l'ICMS (une taxe imposant les transferts de services et de produits entre les Etats de la Fédération du Brésil), José Serra étant de son côté partisan d'une sorte de TVA zéro sur tous les produits dits de première nécessité (lait, pâtes, riz...), une mesure qu'il avait déjà institué en tant que gouverneur de l'Etat de São Paulo.

# Sur les retraites, Marina a annoncé la mise en place d'un système de "récupération du pouvoir d'achat" (sans rentrer dans les détails...) des retraités, tandis que Serra a promis une hausse de 10% du montant des retraites pour 2011, qui, couplée à son autre promesse de faire passer, dès 2011 là aussi, le salaire minimum à 600 R$ (vs 510 R$ aujourd'hui), sont des mesures qui vont "rendre du pouvoir d'achat" au peuple.

# Sur le logement, Dilma a sans surprise ressorti le bilan du programme "Minha Casa, Minha Vida" (j'en parle ici pour plus d'infos ;), et a annoncé que celui-ci serait étendu et amenagé pour servir en priorité les 2 millions de femmes vivant seules avec des enfants et sans logement décent. Marina, quant à elle, souhaite lancer un grand programme d'urbanisation des favelas du pays (un "Morar Carioca" national ?), sans toutefois en préciser le coût.

# Sur la sécurité, Marina souhaite augmenter fortement le salaire des policiers civils et militaires afin de les "aider" à résister à la tentation de la corruption.

# Sur le traitement des eaux usées (un point crucial au Brésil puisque seulement une petite majorité -59%- des domiciles brésiliens bénéficient du tout-à-l'égout), Marina a annoncé qu'elle voulait investir plus de 45 milliards de reals (!!) en 4 ans pour parvenir à un taux de 100% d'ici à la fin 2014.

# Sur la santé, Plinio a annoncé qu'il souhaitait désormais consacrer 10% du PIB du pays (contre un peu plus de 4% aujourd'hui) au secteur de la santé et à son amélioration.

# Sur les mesures sociales,  on a quand même eu droit à une petite passe d'arme entre Serra et Dilma, les deux s'attribuant la paternité de la fameuse Bolsa Familia (une allocation de ressources pour les plus démunis). Serra a ainsi souligné que les programmes Bolsa Alimentação et Bolsa Escola du gouvernement de FHC (1995 à 2002) étaient les "inspirateurs" de la Bolsa Familia, instituée par Lula en 2004 (cette dernière atteignant une échelle bien plus élevée, il est vrai). Serra a promis qu'il maintiendrait et renforcerait le dispositif s'il était élu...

Bref, dans ce débat, on en a plus appris en deux heures sur les intentions des uns et des autres qu'en quasiment deux mois de campagne ! Le plus saisissant, c'est que les médias (en particulier les opposants à Lula et Dilma, le quotidien O Globo et le newsmagazine Veja) ont été très critiques sur la teneur des discussions, regrettant presque l'absence de polémiques (O Globo s'était spécialisé dans les titres "Serra attaque Dilma qui attaque Marina qui attaque Serra...") et le ton prétendument "morne" du débat. Celui-ci fut pourtant le plus consistant (et de loin), le plus courtois (ce qui n'est pas interdit en politique, l'invective ne doit pas être la règle, me semble t-il) et le plus explicite en matière de programmes respectifs (c'est bien cela que l'électeur est censé évaluer, non ?) des différents candidats. Les analystes politiques soulignent également que le débat ne devrait pas changer fondamentalement la donne du vote à venir. Est-ce à dire que Dilma, largement en tête des intentions de vote (de 50 à 54% des votes valides en fonction des instituts selon les tous derniers sondages), devrait l'emporter dès ce dimanche, rendant inutile le passage devant les urnes le 31 octobre prochain pour un hypothétique second tour ? Quoi qu'il en soit, cela devrait être très serré, la surprise pouvant venir moins d'un rebond de Serra (que j'ai pourtant trouvé -pour une fois- très bon hier, mais moi je ne vote pas...) que d'un score de Marina au-delà des prévisions initiales (celles-ci étant autour de 15%).

Avant d'achever ce qui pourrait être mon dernier post de ces présidentielles brésiliennes (quoique non, je vous ferai de toute façon un petit papier dès dimanche soir...ou lundi matin !), un dernier mot pour vous témoigner ma stupéfaction de voir le Tribunal Suprême Fédéral (le STJ en portugais) changer au dernier moment les règles du scrutin : l'organe juridique le plus haut de l'Etat a en effet annoncé hier que finalement il n'était plus nécessaire pour les électeurs de présenter, en plus d'un document d'identité avec photos, son titre d'électeur. Quelle est cette démocratie où les modalités pour voter sont modifiées seulement trois jours avant le choix du plus important personnage de l'Etat ?? A qui profite le crime, se demande t-on ingénument ? Si c'est à quelqu'un, c'est à Dilma, dont l'électorat plus populaire et moins instruit aurait peut-être eu plus de mal à présenter les deux documents en bonne et due forme...

Allez un petit pronostic pour terminer, ça ne mange pas de pain ;)
Comme j'ai envie d'un second tour, je dis :
- Dilma, 48,5% des votes exprimés
- Serra, 29%
- Marina, 19,5%
A dimanche !

20 septembre 2010

Elections 2010 : pancartes, calicots, clips vidéos et autres joyeusetés !

Si vous êtes des fidèles lecteurs de ce blog, vous n'êtes pas sans ignorer que le 3 octobre prochain, quelques 130 millions de brésiliens se rendront aux urnes (électroniques) pour choisir  le successeur du président Luis Inacio Lula da Silva. Mais ce que vous savez peut-être moins, c'est que cette élection (dont le vote est obligatoire, à l'instar de nos amis belges), qui monopolise l'attention médiatique, est loin d'être la seule qui agitera le pays en ce début de printemps austral !

En effet, les électeurs, s'ils n'ont en théorie pas l'option de rester "tranquilles" à la maison, peuvent se "consoler" en se disant qu'au moins ils ne se déplacent pas en vain ! Ils vont ainsi être amenés à voter pas moins de cinq fois : 
- Ils choisiront le nouveau Président de la République Fédérale du Brésil, donc. Dilma Rousseff (grande favorite) ou José Serra (en grande difficulté), voire Marina Silva (le joker vert ?) ;
- Ils iront aux urnes pour renouveler intégralement la Chambre des Députés (l'équivalent de notre Assemblée Nationale), soit 513 représentants des 27 Etats de la Fédération (en vérité 26 Etats et le District Fédéral, de Brasilia), élus dans un scrutin direct et proportionnel des listes par Etat -avec un minimum de 8 députés pour chacun des Etats. Il s'agit donc des Députés Fédéraux (Deputado Federal, le vocabulaire est important pour suivre la suite !) ;
- Ils devront également choisir leurs Sénateurs : le Sénat Fédéral compte 81 membres, soit 3 par Etat, et est renouvelé aux 2/3 (ou 1/3) tous les 4 ans. Ce coup-ci, ce sont 54 nouveaux Sénateurs Fédéraux (Senador Federal) qui siégeront à Brasilia, élus pour le coup au scrutin majoritaire ;
Le Parlement à Brasilia 
- S'ils leur reste un peu d'énergie et de clairvoyance (?), les électeurs nommeront leurs prochains Gouverneurs d'Etat (Governador), 1 pour chaque Etat -soit 27 au total. C'est la seule élection, à l'exception bien entendu de la présidentielle, qui parvient à avoir un peu de surface médiatique. Ainsi à Rio, la lutte entre le sortant (et archi-favori) Sergio Cabral et son challenger principal, le vieux renard du Partido Verde Fernando Gabeira, bénéficie d'un chouia de visibilité, même si les jeux semblent faits (Cabral est à près de 60% d'intentions de vote).  
- Enfin, s'ils n'ont pas les doigts remplis de crampes à force de tapoter sur leurs machines électroniques de vote (où des numéros représentent chacun des candidats -ainsi le 45 pour Serra ou le 13 pour Dilma), les brésiliens renouvelleront les Assemblées Législatives de chaque Etat ! Les candidats sont pléthore, dans tous le pays, pour composer des assemblées qui comptent en moyenne une cinquantaine de Députés d'Etat (Deputado Estadual) (70 dans l'Etat de Rio, qui siègent dans le très beau Palais Tiradentes). 

Si l'intention première d'une telle concentration de votes est louable (le vote étant obligatoire -84% de participation en 2006- il s'agit de faire déplacer le moins possible les citoyens de façon "forcée"), le résultat pour la santé démocratique du pays est à mon sens catastrophique : à l'exception d'une toute petite frange de la population, personne ne comprend rien aux différentes strates qui composent la République Fédérale du Brésil, et le citoyen vote machinalement (c'est le cas de le dire !) à ce gloubi-boulga politique mélangeant tous les niveaux de responsabilités du pays (à l'exception notable des Mairies), sans saisir les enjeux de chacune des 5 élections en cours ainsi que les missions respectives de chacun des corps en présence -et on les excuse bien volontiers, imaginez qu'il faille en France que nous élisions en une seule fois le Président, l'Assemblée Nationale, le Sénat, les Régions et les Cantons ! Folie !

Pour émerger dans ce maelström de candidatures en tout genres, les apprentis Députés ou Sénateurs disposent de supports originaux, et doivent rivaliser d'ingéniosité (?) pour frapper les consciences de leurs concitoyens : pas question de débattre des programmes des uns et des autres (ça peut intéresser qui ?), donc on s'affiche dans la rue avec force accroches percutantes, ou on profite des quelques secondes accordées par candidat à la télévision pour tenter d'alpaguer l'attention du citoyen !

Je vous ai préparé un petit florilège de pancartes ou beaux calicots qui égrènent la orla d'Ipanema ces jours-ci, ou encore les sympathiques bicyclettes électorales que l'on croise au détour du posto 9...
Je débute par mon préféré : le candidat "couillu" à la députation fédérale Marcelo Itagiba, ancien policier fédéral, qui tente de se faire réélire sur le slogan populiste "tous pourris, sauf moi"...Gros moment aussi, la voiture à haut-parleurs du candidat scandant, sur un air de samba, le refrain "Ô Itagiba, pega o ladrão" ("Oh Itagiba, attrape le voleur..."). 
Mention spéciale également pour Claudio Rocha, candidat Député Fédéral, "militaire et gay", qui veut "vaincre les a prioris !". Style Village People assumé ! 
Les candidats s'affichent également aux fenêtres des appartements, en banderoles tractées par des vélos ou des charmantes jeunes filles en rollers, ou encore sur les portières des voitures...Tout est bon pour optimiser sa visibilité à peu de frais ! Petit best-of ci-dessous ! 

Et puis peut-être le plus sensationnel, dans toutes les acceptions du terme, la campagne télévisée officielle vaut vraiment le détour ! Tous les soirs de 20h30 à 21h, c'est un défilé ininterrompu de candidats aux postes de Deputado Estadual, de Deputado Federal...A l'exception des rares têtes d'affiche, impossible de savoir exactement combien sont ces candidats, quelles sont leurs motivations, quels partis ils représentent...Ils disposent de quelques secondes seulement pour marquer le coup et tenter de s'incruster dans la tête embrumée du téléspectateur-citoyen, qui finit au bout de la demi-heure littéralement assommé par cette frénésie de trombines qui se succèdent, de chiffres qu'ils éructent, de shows qu'ils proposent !
Un formidable exemple des "bizarreries" que l'on peut croiser à "l'heure électorale" : 
 
Je vous recommande en particulier : 
- La bimbo Mulher Pera, 26"
- L'agressive Luciana Costa, 40"
- le fabuleux "Tiririca de la télévision", 53", qui avoue "ne pas savoir à quoi sert un Député Fédéral, mais si tu votes pour moi, je te raconterai ! Pire que moi, ça n'existe pas !". Enorme, non ?! 

Et puis une autre compilation qui vaut le coup d'oeil : 
Respect ici pour : 
- Vaitinho, le super-héros fédéral, 13"
- Le surexcité Chupetinha, 57"
- Le cow-boy Delegado Waldir, 1'10" ! 

01 septembre 2010

Dilma : le péché d'orgueil ?

Lula et sa "créature"
Alors que la campagne présidentielle entre dans sa phase décisive (il ne reste plus qu'un bon mois avant le vote du premier tour, qui aura lieu le 3 octobre prochain), et que les derniers sondages confirment le vent -très- favorable pour la candidate du PT Dilma Rousseff (le dernier sondage Datafolha en date du 28 août dernier crédite Dilma de plus de 20 points d'avance sur le candidat d'opposition, le PSDBiste José Serra), j'en viens à m'interroger sur la pertinence des toutes dernières déclarations et attitudes de la "créature" de Lula, cette Dilma Rousseff qui était encore inconnue de 80% des brésiliens il y a un an et qui ne doit sa popularité qu'au fait qu'elle soit le "choix du roi", en l'occurence celui du président en exercice, l'incroyablement charismatique et populaire Lula da Silva. En effet, dopée par ces bons sondages, voire enivrée, elle semble de fait déjà installée dans le Palacio do Planalto (le Palais Présidentiel de Brasilia), si on en juge par ses récentes prises de parole ("Ma plus grande fierté, c'est de devenir la première femme présidente du Brésil"), mais aussi l'emploi du futur, et non plus du conditionnel (le "si je suis élue..." n'est plus au goût du jour), dans ses prises de position : "je n'ajusterai que marginalement les impôts", a t-elle très récemment déclaré. Plus ennuyeux pour la bonne tenue du débat politique qui doit se poursuivre durant ce mois de septembre, elle fait preuve d'une certaine morgue en refusant de débattre, les 9 et 10 septembre prochains, avec les éditorialistes et les lecteurs de O Globo, alors que ses deux principaux adversaires, José Serra, donc, mais aussi Marina Silva (des écologistes du PV) ont accepté l'invitation du plus important quotidien national (même si celui-ci est farouchement anti-Dilma). Elle semble oublier que les électeurs ne se sont pas encore prononcés, et qu'il en va de l'intérêt de la (jeune) démocratie brésilienne de respecter les échéances et de ne pas brûler les étapes, quand bien même tout semble indiquer que le travail de sape de Lula en faveur de Dilma est en train de payer. Et c'est bien ce qui devrait inciter cette dernière à plus de modestie : elle ne serait rien sans son mentor, ce président aux 80% d'approbation populaire en fin de mandat, ce monstre politique adoré par une très large frange de la population, n'en déplaise aux élites cariocas et paulistas. A telle enseigne que la seule question que posent (ou posaient jusqu'à récemment) les nombreux indécis au moment de se prononcer sur leur vote est : "Qui est le (la) candidat(e) de Lula ? Parce que c'est pour lui (elle) que je voterai...". Ceci devrait inciter à plus de mesure, chère Dilma...

25 août 2010

Elections 2010 vues par un lecteur de "O Globo" : pauvres riches...

Je suis tombé aujourd'hui sur une effarante missive du fameux Courrier des Lecteurs du journal O Globo (quasiment hégémonique aujourd'hui après la disparition des kiosques de son concurrent historique O Jornal do Brasil, qui ne survit que sur Internet désormais...), dont la naïveté confondante et l'indécence (assumée ?) fraient avec une étonnante méconnaissance de la réalité de ce qu'est le Brésil d'aujourd'hui, un pays de 190 millions d'âmes dont près de 45 millions vivent encore sous le seuil de pauvreté...
A vous de juger :
"Les riches de notre pays sont complètement démoralisés par les différents candidats au poste suprême (la présidence de la République du Brésil, bien sûr).  Cela en devient révoltant (sic). Tous les candidats ne proposent que de défendre les pauvres, de combattre la misère, de concéder plus de bénéfices à notre plèbe. Les riches, délaissés, sont orphelins. Qui défend les grands et valeureux banquiers ? Qui tient haut la bannière de la raffinée élite socio-économique ? Qui affiche ouvertement son appui aux intérêts louables du capitalisme ? Pauvre campagne électorale : tout en faveur de la misère, rien en direction de la richesse, du luxe".
Le sieur Paulo Sergio Argolo (qui s'avère être, après une petite recherche...prof de maths, carioca et botafoguense) y va plutôt franco, vous en conviendrez ! Je me suis même demandé dans quelle mesure tout ceci n'était pas une brincadeira (une plaisanterie, certes de mauvais goût)...Qu'en pensez-vous ?

18 août 2010

Lula, la "mère" de la patrie...

La dernière enquête de l'institut Ibope parue le 16 août dernier confirme l'incroyable popularité du président en exercice, Lula da Silva : 78% des sondés approuvent l'action du chef de l'état brésilien, quand 18% la considèrent "correcte" et...seulement 4% jugent son action "mauvaise" ! Ces chiffres, tout simplement sidérants pour un président en fin de double mandature, provoquent l'étonnement et l'admiration de tous les chefs d'état de la planète, qui s'interrogent sur le "secret Lula". Un charisme prodigieux, une empathie naturelle, un bilan économique et social (très) favorable, plusieurs facteurs semblent expliquer cette popularité inédite dans une démocratie moderne.
Et si finalement le grand secret de Lula se nichait dans les très récentes déclarations, faites hier dans l'état du  Pernambuco lors d'une visite à des ouvriers de la compagnie ferroviaire du Nordeste ? Donnant comme certaine la victoire de sa "créature", Dilma Rousseff, le futur-ex président, dans une critique indirecte à son prédécesseur, Fernando Henrique Cardoso, a annoncé à propos de ses projets futurs :
Lula et les ouvriers de la Transnordestina
"Je vais quitter le gouvernement, mais je vais continuer à me balader à travers le Brésil. Celui qui croit que je vais quitter la Présidence pour aller à Paris, pour aller à Harvard, pour aller je ne sais où...je vais aller dans le sertão (les grands plateaux arides du Nordeste brésilien), voyager dans le Brésil tout entier et voir ce que j'ai fait et ce que je n'ai pas fait. Si je constate des erreurs, je vais prendre mon téléphone et appeler ma présidente : 'écoute, quelque chose ne va pas, que je ne suis pas parvenu à accomplir. Tu peux le faire pour moi, ma fille, parce que moi je n'y suis pas arrivé !'...Le Brésil n'est pas l'avenue Paulista (le centre des affaires de São Paulo), le Brésil n'est pas l'avenue Copacabana. Le Brésil est le sertão. Et je sais que cela dérange beaucoup de gens...Les chercheurs et les docteurs doivent étudier et inventer. Mais un président ne doit pas inventer, il doit faire. Il faut s'occuper du peuple. Je veux gagner les élections (en fait, Dilma...) pour continuer de m'occuper de mon peuple, comme une mère s'occupe de ses enfants, pour s'occuper de ceux qui sont les plus nécessiteux, les plus fragiles...Nous faisons comme ferait une mère : quand une mère sert ses cinq gosses affamés, et qu'elle dit qu'il y a un bifteck pour chacun, personne ne vole le bifteck de l'autre. Nous sommes en train de distribuer la viande en tenant compte des besoins, pour que tout le monde ait la possibilité de grandir."
Tout est dit, non ?

16 août 2010

Election présidentielle brésilienne : Dilma creuse l'écart !

Si vous êtes des lecteurs réguliers de mon blog (ce que j'espère !), vous savez combien je suis amoureux de ce pays, de cette incroyable ville qu'est Rio et de la vie que nous menons ici. Je me rends néanmoins compte qu'il m'arrive parfois d'être trop laudatif, et de perdre le sens de la mesure : dans le fond, et vous le savez aussi, tout n'est pas rose au Brésil, loin de là, et notre vieille France a encore de beaux atouts à faire valoir face à la fougue et l'irrationalité brésilienne. Pour en revenir au post du jour, l'une des grandes faiblesses du Brésil d'aujourd'hui, à mon sens, c'est l'incroyable vacuité des débats politiques dans cette campagne présidentielle : alors que nous ne sommes plus qu'à 6 malheureuses semaines du vote décisif (le 3 octobre prochain),  les principaux candidats en lice (Dilma Roussef pour le PT de Lula, José Serra pour le PSDB, Marina Silva pour le PV) passent leur temps à se chamailler sur ce qui n'a pas été fait plutôt que de présenter leurs projets et programmes. Cela a été particulièrement criant lors du premier débat télévisé en date du 5 août dernier sur Band, où les seuls moments forts et notables ont été les différentes passes d'armes entre les candidats, Serra attaquant Dilma sur les insuffisances du gouvernement actuel en matière de santé et d'infrastructures routières, Dilma attaquant Serra sur...le bilan du gouvernement FHC (le président avant Lula, entre 1994 et 2002 !), Marina attaquant Dilma sur les failles en matière écologique de la présidence Lula, etc, etc...Mais de proposition constructive, de vision programmatique, de projection dans le futur...aucune ! Et ce ne sont pas les 12 petites minutes accordées la semaine dernière par le Jornal Nacional de Globo (et ses 60 millions de téléspectateurs !) à chaque candidat qui ont permis d'en savoir plus sur les intentions des uns et des autres s'ils venaient à être élus ! Le plus malheureux dans tout cela, c'est peut-être l'audience pitoyable recueillie par le débat : 5 points d'audience seulement, alors qu'en face la demi-finale retour de la Copa Libertadores São Paulo-Internacional (2 équipes brésiliennes !) recueillait quasiment...40 points d'audience !
Bref, j'attends avec impatience (!) le prochain débat télévisé et espère un peu plus de fond dans le contenu de celui-ci. Rien n'est moins sûr, et ce d'autant plus que les stratégies des opposants à Dilma devraient tendre vers plus d'agressivité (et moins de fond...) au vu des derniers résultats du sondage Datafolha, paru ce samedi 14 août, et qui voit la candidate du PT creuser (irrémédiablement ?) l'écart face à ses challengers, en particulier face à José Serra : Dilma grimpe ainsi à 41% d'intentions de vote (+5 points par rapport à l'enquête de juillet !), alors que José "le looser" (rappelons qu'il avait été largement battu par Lula en 2002...) chute de 4 points, à seulement 33% d'intentions de vote aujourd'hui -Marina restant très stable à 10%. Les courbes se croisent donc pour la première fois (cf infographie ci-dessous) et on a peur pour Serra que cela ne soit irrémédiable : Dilma n'a cessé de grimper au fur et à mesure que sa notoriété progressait et que son identification à Lula se consolidait (qui trône avec encore 77% de popularité au sommet des dirigeants les plus aimés au monde), quand Serra et son style compassé et tristounet ne semble plus avoir de réserves de vote. A telle enseigne que certains commencent déjà à parler de Serra au passé ("Serra a commis trop d'erreurs...il est un faible candidat..." a déclaré le porte-parole du PT au Sénat, Cândido Vaccarezza). Les tucanos (le toucan est l'emblème du PSDB) mettent bien en avant le fait que Dilma a profité de l'appel d'air du JN de Globo (elle a effectivement été interviewée entre les deux jours du terrain de l'enquête Datafolha), mais il n'en reste pas moins que la tendance est inquiétante pour l'opposition...qui risque d'y rester (à l'opposition) si son candidat ne réagit pas rapidement et ne démontre pas autre chose que cette espèce de torpeur bienveillante (il se garde bien d'attaquer Lula, compliqué de se dresser face au commandeur de la nation !) qui est sa marque de fabrique dans cette campagne...

28 juin 2010

Election présidentielle brésilienne 2010 : Dilma, Serra ou Marina ?

Voilà maintenant plusieurs semaines et un petit post datant de...mars dernier que je ne vous ai donné de nouvelles sur la grande échéance qui attend le Brésil en octobre prochain (non je ne parle donc pas de la finale de la Coupe du Monde, programmée le 11 juillet, que 193 millions de brésiliens attendent impatiemment !), en l'occurence la désignation du nouveau président de la République Fédérale du Brésil ! 135 millions de brésiliens sont ainsi appelés aux urnes le 3 octobre 2010, pour un vote qui est obligatoire, et à l'issue duquel ils auront désigné non seulement le (la ?) successeur de Lula, mais aussi son vice-président, l'ensemble des députés fédéraux, les deux tiers de sénateurs et enfin les 27 gouverneurs d'états et le petit millier de représentants des parlements des Etats (ouf !). Une élection majeure donc dans le système politique brésilien (seuls les maires sont élus à un autre moment -en 2012 pour la prochaine magistrature).

Allez, à quelques jours de l'ouverture de la campagne officielle, je vous propose un petit résumé du dernier trimestre sur l'actu-clé de ces élections et quelques perspectives et réflexions pour les prochains mois :

1. Le "tchau" de Ciro :  Ciro Gomès (photo ci-contre), député fédéral de l'état du Ceara pour le petit PSB (Parti Socialiste Brésilien), personnalité majeure de la scène politique brésilienne depuis 20 ans (il a en particulier été gouverneur de l'état du Ceara, éphémère ministre de l'Economie d'Itamar Franco au début des années 90 et encore ministre de l'Intégration Nationale de Lula de 2003 à 2006), n'a finalement pas obtenu l'appui de son parti (qu'il avait pourtant "sauvé" d'une probable disparition en 2006 en se présentant son son égide à l'élection présidentielle précédente) pour concourir de nouveau en 2010 : dans un troc dont seule la politique brésilienne a le secret, le PSB a renoncé à nommer son propre candidat (et a annoncé son soutien à la petista Dilma Rousseff, égérie de Lula), en échange de quoi le PT a décidé -entre autres accords locaux- de ne pas présenter de candidat contre...Cid Gomès, le gouverneur du Ceara et propre frère de Ciro !  C'est une triste nouvelle pour la pluralité démocratique, pour l'intérêt de la présidentielle (Ciro est quelqu'un de vraiment intéressant et passionné, quoiqu'un peu cyclothymique ;), et au final ce n'est pas forcément un bon calcul de la part du PT (qui a évidemment poussé à cet accord) : le PSB étant un allié historique, où seront les réserves de voix au second tour pour Dilma (celui-ci étant probable, je ne vois pas l'un ou l'autre des candidats obtenir plus de 50% des voix au premier tour) ?  

2. Petites combines entre (faux) amis :  L'une des caractéristiques les plus étonnantes des élections au Brésil, qui tient au fait que l'on élit à la fois le président, les députés et les gouverneurs fédéraux, est le jeu ahurissant d'alliances et de ruptures qui se déroule incessamment entre les différentes forces politiques du pays, aux différents niveaux de cet état-continent : les accords nationaux (par exemple celui qu'ont scellé le PT de Dilma et le PMDB de Michel Temer -qui devrait d'ailleurs être selon toute probabilité le candidat à la vice-présidence de Dilma dans cette élection) ne sont pas respectés dans tous les Etats (ainsi, dans le Rio Grande do Sul, terre traditionnelle de "droite", le PMDB local a décidé de soutenir le candidat du PSDB, José Serra, pour que son candidat au poste de gouverneur, José Fogaça, ait de plus grandes chances -théoriques- de victoire). Autre exemple, plus surprenant encore puisque prenant place dans l'Etat du Pernambuco, terre historiquement "luliste", le candidat du PMDB au poste de gouverneur, Jarbas Vasconcelos, est soutenu par le PSDB face au candidat...PSB Eduardo Campos, le PSB étant lui-même allié national du PT ! Vous suivez toujours ? :) Bref, on prend clairement ses aises face aux "diktats" mous des états-majors de partis nationaux, en privilégiant bien souvent la scène politique locale et son intérêt particulier au détriment de la cohérence générale. Grosse cacophonie, donc, même si les brésiliens sont maintenant habitués et dans le fond n'y accordent que peu d'importance. 

3. La guerre des médias aura bien lieu : La défection de Ciro laisse la champ médiatico-polique occupé par seulement trois personnalités (dont en réalité deux sont véritablement en position de l'emporter) : Dilma Rousseff, la "créature" de Lula et ancienne chef de la maison civile -équivalent de notre premier ministre- du gouvernement PTiste entre 2006 et 2010 ; José Serra, l'ex-gouverneur de l'Etat de São Paulo et candidat du PSDB pour la seconde fois (la première tentative fut en 2002, et Serra fut battu à plates coutures par Lula) ; Marina Silva, l'ex-ministre de l'environnement de Lula et candidate sous les couleurs du PV (Partido Verde, écologique). Ces trois-là ont entamé depuis quelques semaines une campagne médiatique de grande ampleur pour séduire les nombreux indécis. Une des journaux (cf les unes de Istoé et de Veja ci-dessous -je reviendrai dans un prochain post sur le détail des interviews donnés par Dilma et Serra dans les deux newsmagazines phares du Brésil), clips célébrant la gloire des pré-candidats sur les télévisions nationales (ceux du PT, que je vous fais découvrir ci-dessous, valent vraiment le détour : c'est un incroyable panégyrique dédié aux nombreux talents supposés de Dilma !), présence massive sur le web (en particulier de Marina -qui ne dispose pas des mêmes moyens financiers que ses adversaires issus de deux grands partis, son site officiel de campagne est excellent, mais aussi de ses fans, très actifs sur Internet !), tous les médias sont sollicités pour faire gagner en notoriété et crédibilité chacun des candidats "majeurs". Et cela va encore s'intensifier après la Coupe du Monde de Foot (qui occupe pas mal de l'espace médiatique, il faut l'avouer !) et le début de la campagne officielle ! 



Les films du PT pro-Dilma, à visionner vraiment ! A noter que Lula fut "puni" par le Tribunal Suprême Fédéral pour "campagne anticipée" ! 



4. Sondage, sondage, dis-moi qui est le plus beau (belle) Qui dit élection dit également guerre des sondages ! Le Brésil ne déroge pas à cette règle, et chaque enquête, en particulier de l'institut de référence Ibope, fait l'objet de son lot de commentaires, critiques, encouragements, déceptions et autres manoeuvres en tout genre. La dernière livraison de l'Ibope, sortie voici trois jours, a fait l'effet d'une mini-bombe : pour la première fois, Dilma passe devant Serra en intentions de vote (40% pour Dilma, 35% pour Serra) ! Plus inquiétant encore pour le candidat du PSDB, la région Sud, terre traditionnelle du parti de centre-droit, voit progresser très sensiblement la petista, qui grimpe de 26 à 34% d'intentions de vote (Serra chutant de 46 à 42%). Même scénario pour la région Sudeste, essentielle car elle concentre près de 40% des votants (Etats de São Paulo, Rio et du Minas Gerais) : Dilma prend la tête des intentions de vote (37% contre 36% à Serra) alors que l'écart était encore de 8 points en faveur de Serra il y a un mois ! Il semble ainsi que Dilma (et Lula) sont en train de gagner leur pari, celui qui consiste à faire croître en notoriété et sympathie la candidate qui apparaissait jusqu'alors peu charismatique, technique et rigide, en surfant sur l'incroyable popularité du président sortant (encore plus de 80% d'approbation de sa politique en mai dernier). Serra doit réagir, et vite, s'il ne veut pas se laisser distancer irrémédiablement. Il ne pourra certainement pas le faire en annonçant le nom de son candidat à la vice-présidence : il comptait sur le très populaire PSDBiste Aecio Nevès, ex-gouverneur de l'Etat du Minas Gerais, mais celui-ci a annoncé fin mai refuser "cet honneur", préférant concourir au Sénat...et rester dans une forme d'ombre en attendant 2014 et les prochaines présidentielles. De son côté, Marina stagne à 9% d'intentions de vote...seule elle semble encore croire à sa présence au second tour...
Ci-dessous le détail de l'étude Ibope : 



Suite des aventures présidentielles sur le blog du Frenchman ! Restez tuned ! ;)

08 mars 2010

"L'Europe en déclin", une tribune éloquente dans O Globo...

Paulo Nogueira Batista Jr (photo de droite) est un économiste brésilien actuellement directeur exécutif  pour l'Amérique Latine au FMI. Il vient de publier la tribune suivante dans le grand quotidien brésilien O Globo.

"Il y a peu, une information a choqué les européens : Barack Obama ne se rendra pas au meeting annuel Etats Unis-Europe, programmé pour le mois de mai, en Espagne. Il semble que le président des Etats-Unis n'est pas disposé à traverser l'Atlantique pour participer à l'une des ces réunions sans beaucoup de substance, comme celle qui s'est déroulée à Prague l'année passée. 
La décision d'Obama est cependant symptomatique de quelque chose de plus grande ampleur : le déclin persistant de l'influence européenne. Le brésilien ne perçoit pas toujours ce phénomène et place parfois des espoirs probablement démesurés dans le rôle que l'Europe pourrait tenir en tant que contrepoids des Etats-Unis dans un monde de plus en plus mulipolaire. Les européens, en effet, ont un bon "marketing" et font de beaux discours progressistes. 
J'ai moi-même été bercé par cette illusion quand je vivais au Brésil. Voilà maintenant presque trois ans que je vis à l'étranger, en contacts quasi quotidiens avec les représentants européens du FMI. J'ai aussi participé à de nombreuses rencontres du G20, dans lesquels la représentation européenne est importante. Depuis lors, mon point de vue sur l'Europe (ou tout au moins sur son rôle à l'international) a totalement changé. 
A quelques exceptions près, qui sont liées en général à la qualité individuelle de quelques représentants européens, l'Europe agit de manière médiocre et conservatrice. La majorité des mauvaises idées, dans le FMI ou au sein du G20, vient des européens. Les britanniques se distinguent particulièrement en la matière. Je peux dire sans peur de me tromper : l'Europe est aujourd'hui la principale force rétrograde dans les institutions financières européennes. 
Les signes de déclin relatif de l'Europe viennent de toutes parts. Par exemple : bien que les Etats-Unis (en particulier le système financier américain) aient été l'épicentre de la crise internationale de 2007-2009, la récession a été plus profonde en Europe en 2009. Selon les premiers chiffres, le PIB américain a chuté de 2,5%. Celui de la zone Euro s'est contracté de 3,9%. L'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni ont enregistré des chutes de presque 5%. Seule la France a eu un résultat un peu meilleur, avec une baisse estimée à 2,3%. A la périphérie européenne, le tableau est encore pire. De nombreux pays sont ou sont sur le point d'être en situation de faillite financière. Plusieurs d'entre eux ont dû recourir au FMI dans le passé récent. Ca a été le cas de l'Ukraine, de la Serbie ou de l'Islande, par exemple. Mais cela a également concerné des membres de l'Union Européenne : la Hongrie, la Lettonie ou la Roumanie.  
Dans les dernières semaines (humiliation suprême), les spéculations sont allées bon train sur le fait que, pour la première fois, un pays membre de la zone Euro devrait avoir recours au FMI : la Grèce. Les autorités européennes, de peur de perdre leur prestige, font tout pour éviter cet affront. 
Le pire est que la crise grecque a déjà contaminé les autres pays du sud de l'Europe, qui font également partie de la zone Euro, notamment le Portugal et l'Espagne. Les marchés financiers font déjà référence avec dégoût aux 'PIGS' (Portugal, Italy, Greece and Spain)...
La réalité est que l'Europe est un continent qui a vieilli, qui vit dans la gloire du passé et qui cherche à s'accrocher à des privilèges et des positions qui ne reflètent déjà plus son poids actuel dans le monde. C'est ce qui se passe au sein du FMI, où la sur-représentation de l'Europe est simplement scandaleuse. 
Tout ceci me fait penser à Charles de Gaulle, qui, en 1969, peu de temps avant de mourir, a commenté avec tristesse : 'J'ai tenté de fortifier la France face à la fin d'un monde. Ai-je échoué ? D'autres le sauront, plus tard. Sans aucun doute, la fin de l'Europe est devant nous' ".

Un jugement sans concession de la part de Nogueira Batista qui traduit aussi une forme de "décomplexion" des élites brésiliennes face au mirage européen. Sa position et son expérience font que, sans aucun doute, l'analyse de Batista correspond à une triste réalité, pour nous pauvres européens...même si notre DSK national devrait remonter les bretelles à cet insolent impétrant ! :)

03 mars 2010

Election présidentielle au Brésil : Dilma revient, Serra sous pression !

Le dernier sondage sur les intentions de vote des principaux pré-candidats à l'élection présidentielle brésilienne, réalisé par l'institut de référence Datafolha, et paru le 1er mars, vient d'agiter considérablement le marigot de la politique interne brésilienne ! En effet, celui-ci montre une chute notable de l'écart dans les intentions de vote des deux principaux pré-candidats, la petista et "créature" de Lula Dilma Roussef (dessin ci-contre) et le gouverneur de São Paulo et leader du parti d'opposition, le PSDB, José Serra (dessin ci-contre) : quand Dilma, portée par son annonce officielle de candidature et sa présence tous asimuts dans les médias depuis deux mois, grimpe de 5 points entre mi-décembre et fin février (passant de 23% à 28% d'intentions de vote), José Serra, qui n'a toujours pas fait acte de candidature concrète et laisse planer un certain doute sur ses intentions, chute de son côté, de 37% à 32% sur la même période. Soit un écart réduit à 4 points, contre 14 voici deux mois ! Les deux autres principaux candidats à l'élection, le socialiste Ciro Gomès et la pasionara verte Marina Silva, sont quant à eux stables : de 13% à 12% pour Ciro, 8% (inchangé) pour Marina.

Mais concentrons-nous sur la lutte pour le "titre" de futur(e) président(e) de la fédération brésilienne : les résultats de l'enquête font clairement monter la pression sur les épaules de José Serra, dont la stratégie, qui consiste à attendre le dernier moment (la mi-avril) pour se découvrir et annoncer sa candidature, est aujourd'hui fortement critiqué au sein même de son parti et de ses alliés naturel du DEM, l'autre force d'opposition. "Notre problème est que nous n'avons pas un candidat défini, ce qui suscite le doute sur nos alliances. Il est clair que cela nous donne du souci.", a ainsi déclaré le leader du DEM, le sénateur José Agripino. De son côté, le Parti des Travailleurs jubile : "Nous sommes heureux, c'est sûr. Cette enquête montre que nous sommes sur le bon chemin, et maintenant celle qui parlent de plan B c'est bien l'opposition." a ironisé José Dutra, le président du PT.

De con côté, Serra, le principal intéressé, ne s'est pas prononcé. Nul doute qu'il doit s'interroger sur le meilleur timing de lancement de sa campagne, pour laquelle il souhaite ardemment la présence d'Aecio Neves, le très populaire gouverneur du Minas Gerais, au poste de vice-président. Mais ce dernier se fait tirer un peu les oreilles, n'ayant jamais été un fervent partisan de José Serra...D'aucuns allèguent même aujourd'hui que Serra s'interrogerait sur la pertinence de sa candidature, lui qui a déjà subi un cuisant revers en 2002 face à Lula, qui ne veut certainement pas une seconde fois faire office de victime désignée par le PSDB, et qui par ailleurs est quasiment assuré d'être réélu au poste de gouverneur de l'état le plus riche du pays, celui de São Paulo, si finalement il décidait de ne pas tenter l'aventure risquée de se présenter à la présidentielle...

A suivre sans aucun doute dans les prochaines semaines sur le blog (toujours plus politique!) du "frenchman in Rio" !

04 février 2010

Les brésiliens qui vont compter en 2010, selon Istoé

Istoé, l'excellent newsmagazine brésilien dont je vous ai déjà parlé ici, nous présente, dans son édition datée du 20 janvier 2010, les 100 personnalités les plus influentes pour l'année à venir, dont une belle brochette de brésiliens (ils sont exactement 53 à être "distingués" par le magazine). C'est sur celles-ci, tropisme brésilien de ce blog oblige, que je vais me concentrer, tant il est vrai que nous devrions entendre parler de bon nombre d'entre eux pour les prochains mois !
Ci-dessous la couverture de ce numéro spécial d'Istoé.
- Dans le domaine Politique, à tout seigneur tout honneur, le président de la République du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva est le premier nommé ! Après une année 2009 extraordinaire pour lui (records de popularité dans le pays, immense cote à l'étranger, "vainqueur" des JO de 2016...), l'année 2010 sera cruciale pour Lula, qui en plus de garder le Brésil sur le chemin de la croissance retrouvée, devra faire de la ministre de la Maison Civile, Dilma Roussef, son successeur à la tête de l'état brésilien, lors de l'élection présidentielle programmée en octobre prochain ! Dilma Roussef, qui fait bien entendu parti des nominés, et qui aura fort à faire pour se faire aimer des brésiliens, et d'ainsi pouvoir profiter à plein de la popularité de son père spirituel en politique qu'est Lula. Si elle y parvient, elle aura de grandes chances de devenir la première présidente femme du Brésil, et ainsi de pouvoir poursuivre l'oeuvre de modernisation du pays entamé par Lula (et par son prédécesseur à la tête de l'état, Fernando Henrique Cardoso - qui au titre de sa position de grand sage en retrait des batailles politiciennes nationales, est également membre de la liste des personnalités brésiliennes qui compteront en 2010). On trouve également dans cet aréopage des hommes politiques importants les challengers de Dilma Roussef dans la course présidentielle que sont José Serra, l'actuel gouverneur de l'état de São Paulo et candidat du PSDB, l'autre grand parti politique brésilien, mais également Marina Silva, l'ex-égérie du gouvernement Lula au poste de ministre de l'environnement, qui a claqué la porte du PT pour tenter sa chance aux présidentielles sous les couleurs du PV (Partido Verde, les..Verts donc). Deux autres personnalités politiques sont nominées, Aecio Neves, le gouverneur le plus populaire du pays, qui jouera le rôle d'arbitre au sein du PSDB, et Ciro Gomes (photo ci-contre), actuel député fédéral, ancien ministre, qui dispose d'une bonne cote de popularité et qui pourrait jouer les trouble-fêtes s'il décide de se présenter aux prochaines élections...

- Sur le terrain de l'Economie, les personnalités brésiliennes les plus influentes selon Istoé sont Roger Agnelli, le président de Vale, la première entreprise privée du Brésil spécialisée dans l'extraction minière ; l'increvable Abilio Diniz, le patron du premier distributeur brésilien, Pão de Açucar, qui détient également les enseignes Extra, Sendas, mais aussi depuis l'année dernière Ponto Frio et surtout Casas Bahia ; Eike Batista, le multi-entrepreneur mineiro qui est aujourd'hui la première fortune privé du Brésil (photo ci-contre à gauche) ; et enfin Henrique Meirelles, le président de la Banque Centrale du Brésil, qui a bien mené la barque durant la crise financière de 2009 et à qui l'on prête de grandes ambitions politiques pour 2010 (une place de ministre de l'économie dans le prochain gouvernement ?).

- Pour ce qui concerne la Culture et la Société, les personnalités-clés du Brésil pour Istoé sont avant tout des...actrices : Gloria Pires, qui joue la mère de...Lula au cinéma actuellement dans le très mielleux "Lula, o Filho do Brasil"; Juliana Paes, qui a illuminé la telenovela à succès de Globo "Caminho das Indias" en 2009; ou encore Alinne Moraes, qui de son côté interprète Luciana dans...la telenovela en cours, toujours de Globo, "Viver a vida". Toujours dans l'univers du cinéma est distingué le réalisateur Daniel Filho, qui a établi en 2009 le record d'entrées en salles de l'histoire récente du cinéma brésilien (6 millions de billets vendus), avec sa comédie "Se eu fosse você 2". Sont nommés Paulo Borges, le styliste le plus réputé du Brésil aujourd'hui et inventeur des São Paulo et Rio Fashion Week, les deux principaux évènements "mode" du pays, mais également l'incontournable top-model Gisele Bündchen (allez une petite photo d'elle ci-contre à droite pour se faire plaisir ;). On trouve également dans la liste le philosophe, ex-député et grand défenseur des thèses environnementales Marcio Santili, distingué à ce titre par Time en 2009. Et je termine avec Alex Atala, considéré comme le meilleur chef-cuisinier brésilien actuellement. Ses deux restaurants le DOM et le Dalva e Dito, à São Paulo, ne désemplissent en tout cas jamais...

- Enfin, pour ce qui concerne le Sport, gloire tout d'abord au président du Comité International Olympique brésilien Carlos Nuzman, qui a brillamment oeuvré pour que le continent sud-américain accueille les JO pour la première fois, à Rio, en 2016. Le football est évidemment à l'honneur dans la longue liste des personnalités brésiliennes qui comptent, avec Ricardo Teixeira, l'inamovible président (depuis 21 ans) de la Confédération Brésilienne de Football, avec les joueurs Kaka et Ronaldo, dont les présentations sont superflues (4 ballons d'or et 3 coupes du monde à eux deux), sans oublier le taciturne sélectionneur de l'équipe du Brésil Dunga (photo ci-dessous), qui sera adoré ou haï à l'issue de la Coupe du Monde de football, en juillet prochain...en fonction du résultat de la Seleção (seule la victoire sera belle !). Et enfin, parce qu'il n'y a pas que le foot dans la vie (quoique...), Istoé distingue justement Cesar Cielo, le recordman en titre des 50 et 100m nage libre, je parle bien entendu de natation...
Bravo à toutes ces grandes personnalités, qui font la richesse et la diversité du Brésil d'aujourd'hui...et de demain !

18 janvier 2010

Présidentielles au Brésil : le PSDB à l'attaque !

Je suis tombé, dans Veja daté du 13 janvier dernier, sur une très instructive interview de Sergio Guerra (photo ci-contre), le président du principal parti d'opposition, le PSDB (Parti Social-Démocrate Brésilien). Celle-ci, dont vous pouvez apprécier quelques morceaux choisis ci-dessous, nous démontre que :
1- La campagne électorale qui s'ouvre pour la désignation du prochain président du pays sera sanglante, ou tout au moins très animée : les coups-bas, les attaques ad hominem et les petites phrases assassines devraient être légions !
2- La campagne se gagnera très certainement à gauche : dans un pays où les inégalités restent majeures (malgré les prémices de réduction de celles-ci par Lula durant ses 8 années de pouvoir), le PSDB, traditionnellement de centre-droit (c'est le parti de l'ex-président Fernando Henrique Cardoso) annonce qu'il est un parti "plus à gauche" que le PT de Lula !
3- Le PSDB ne s'embarrassera pas trop de sa propre histoire tourmentée, ni de celle de son candidat à cette prochaine élection, José Serra, mais se positionnera bien comme le parti "propre" face à un PT englué dans ses compromis douteux (l'alliance avec le triste parti-croupion issu de la dictature, le PMDB des sinistres José Sarney -président du Sénat- et Michel Temer -certainement le vice-président de la candidate du PT Dilma Roussef) ou dans divers scandales (dont le fameux Mensalão).

Quelques extraits de l'entrevue, donc :
Sergio Guerra : "Nous avons un excellent candidat (José Serra), qui n'est pas en tête des sondages par hasard. Serra est un homme politique intelligent, préparé, qui sait gouverner et qui l'a déjà montré (NB : Serra a été ministre de FHC, candidat malheureux contre Lula en 2002 et est actuellement gouverneur de l'état de São Paulo)...Dilma Roussef, de son côté, n'a jamais été candidate, n'a pas d'histoire avec le pays. Quel est son curriculum-vitae (NB : elle est quand même Ministre de la Mason Civile du gouvernement Lula !) ? Dilma est candidate parce que le président en a voulu ainsi."
Q: Comment Serra peut-il conquérir l'électorat du Nordeste, qui chérit le président Lula et qui a très largement bénéficié de programmes comme la Bolsa Familia ?
SG : "Personne n'aura les votes que Lula détient dans le Nordeste. Pas même Dilma. On parle beaucoup de transfert de votes, mais je ne crois pas qu'il y aura tant de transfert que ça en faveur de Dilma. Je l'ai vu à l'intérieur du Nordeste : le peuple n'aime pas la ministre. Mais beaucoup apprécient Serra.
Q : Si Serra gagne, il y aura de grands changements dans la politique économique ?
SG : "Sans aucun doute. Nous allons nous occuper des taux d'intérêts, des taux de change et de l'inflation. Nous ne sommes pas d'accord avec les taux d'intérêts pratiqués aujourd'hui, comme avec les taux de change. Nous sommes en train de créer des emplois en dehors du pays, les derniers résultats de la balance commerciale sont très négatifs. Nous devons créer des mécanismes qui créent de l'emploi au Brésil."
Q : On a l'impression que le PSDB est à la gauche du PT...
SG : "Mais oui, nous sommes plus à gauche ! Si nous gagnons, nous allons accélerer les investissements dans l'éducation et la santé. Nous maintiendrons la Bolsa Familia, qui est un mécanisme efficace d'erradication de la misère et de la faim. Le PT, qui était à gauche, ne l'est plus : c'est un parti populiste aujourd'hui...Dilma et le PT font une campagne électorale sans la moindre retenue. Nous assistons à un assaut de propagande ! C'est une stratégie bien articulée de publicité, dans laquelle les entreprises publiques souscrivent puissamment. Le film sur Lula (Lula, o filho do Brasil) actuellement à l'affiche a été financé ainsi. C'est inacceptable dans une démocratie."

Cela promet, je vous dis ! ;)
A suivre de près dans les prochaines semaines (j'attends une interview consistante, de campagne, de la part de Dilma Roussef et/ou de José Serra...).

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