Affichage des articles dont le libellé est Economie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Economie. Afficher tous les articles

29 janvier 2012

Les brésiliens de l'année 2011, par le newsmagazine Istoé

Et voilà. J'ai laissé passer la fin de l'année 2011 sans publier mon traditionnel billet sur les brésiliens de l'année, vus par les médias (Istoé, déjà, l'excellent news, en 2009, ou Epoca, son concurrent du groupe Globo, en 2010). Qu'à cela ne tienne, comme je sais (les statistiques ne mentent pas :) qu'il s'agit des posts parmi les plus lus par mes aimables visiteurs, je me résous, même avec un honteux atrasão (gros retard), à vous faire part des citoyens brésiliens que Istoé a honorés pour leur remarquable (?) action en 2011.



# Le Grand Prix, toutes catégories confondues : 
En 2009, c'était l'ex-président Lula qui était distingué. Sans surprise (sans originalité ?), c'est Dilma Rousseff, l'actuelle "tenancière" du Planalto, qui est consacrée. Il faut dire qu'avec un taux d'approbation record de 71% des brésiliens après un an de mandat (plus que les 69% du second mandat de Lula), l'ancienne pasionaria d'extrême-gauche devenue la première femme à présider notre beau Brésil dépasse les plus folles espérances de son mentor-créateur, Lula himself, en matière de gestion de l'héritage luliste. Pourtant, force est de constater que l'année 2011 n'a pas été révolutionnaire en matière de réformes et de décisions politiques, Dilma se chargeant d'assurer les fondamentaux (contrôle de l'inflation et des taux d'intérêts, principalement)...tout en se séparant tout de même de 7 de ses ministres (pour corruption, trafic d'influence, etc...) ! Et si c'était le facteur principal d'une telle popularité ?...

Dilma, plus forte que Lula ?

# Homme politique de l'année :
"Je ne suis ni de droite, ni de gauche, ni du centre, mais de tous ces bords à la fois". C'est l'auteur de cette phrase somme toute mémorable qui a été choisi par Istoé comme politicien brésilien de l'année, je veux parler de Gilberto Kassab, l'actuel maire de São Paulo et président du tout nouveau parti (de gauche-centre-droit donc) qu'il a lui-même fondé à la fin de 2010, le Parti Social-Démocrate (le PSD, tout un programme, donc). De fil en aiguille, et grâce à l'habileté toute politicienne de ce fils d'immigrés libanais, qui a su débaucher nombre de parlementaires, le petit PSD est devenu grand : il est aujourd'hui le 3ème parti représenté au congrès (derrière le PT de Lula / Dilma et le PSDB de José Serra), et est parvenu à attirer dans ses rets des personnalités honorables et populaires, tel l'ancien président de la Banque Centrale brésilienne, Henrique Mereilles. Tout ceci ne fait ni un succès électoral, ni ne garantit un futur doré à l'homme dont le goitre promet déjà de rivaliser avec notre Edouard B. national, mais il lui assure déjà une position enviable sur la scène politique brésilienne.

Ni de droite, ni de gauche, bien au contraire ?

# Prix de la "citoyenneté" :
Un titre étrange que voilà. Mais attribué à une personnalité incontestablement "star" de 2011, en l'occurence le Secrétaire à la Sécurité de l'Etat de Rio, le gaucho-carioca (il est originaire du Rio Grande do Sul, dans le sud du pays) José Mariano Beltrame. Son fait de gloire : être le grand concepteur-ordonnateur des fameuses UPP, ces Unités de Police Pacificatrice qui ont pour rôle d'assurer durablement la sécurité dans les communautés de Rio, jusqu'alors livrés à la guerre des gangs et aux trafics en tout genre. Malgré quelques couacs (comme l'arrestation en septembre 2011 du commandant de l'UPP de Santa Teresa, accusé de corruption et de détournement d'argent), force est de constater que cette stratégie a profondément modifié le quotidien des dizaines de milliers (voire centaines de milliers aujourd'hui, avec les "pacifications" récentes et rondement menées des grandes favelas, Rocinha et Vidigal) d'habitants des quartiers déshérités de la mégapole fluminense, leur assurant en premier lieu un droit fondamental, la sécurité, ou la garantie de ne pas sortir de chez soi et de prendre une balle perdue. Ce faisant, Beltrame a acquis aujourd'hui un incroyable statut d'intouchable, voire de rock-star (samba-star ?) auprès des cariocas, tant et si bien que nombreux sont ceux qui pensent qu'il a le profil idéal pour être le prochain gouverneur de l'Etat de Rio. Rendez-vous en 2014 pour valider cela !

Super Mari(an)o

# Homme de culture de l'année :
Antonio Candido de Mello e Souza, le grand intellectuel, essayiste et homme de lettres carioca (il est né à Rio de Janeiro en 1918) est distingué par Istoé dans le domaines des arts et de la culture. Moins pour son actualité en 2011 (il n'a pas été particulièrement productif cette année, à 93 ans révolus) que pour récompenser l'ensemble de sa brillante oeuvre, dont le clou est certainement cette "Formation de la Littérature Brésilienne", écrite en 1959, et qui doit être le livre de chevet de tout étudiant (brésilien) en lettres qui se respecte.

Antonio et ses livres

# Sportif de l'année :
Coup de tonnerre dans le landerneau sportif do Brasil : ce n'est pas un footballeur qui a été élu cette année ! Mais malgré cela personne ne contestera la pertinence du choix du newsmagazine, tant Anderson Silva, 36 ans, le (multi) champion actuel, catégories poids moyens, de l'UFC (Ultimate Fighting Championship, cette discipline de lutte free-style et hyper-violente qui passionne les brésiliens) a occupé l'espace médiatique tout au long de l'année 2011, le tout culminant le 27 août dernier à Rio, avec la 134ème édition de l'UFC, durant laquelle Anderson "The Spider" Silva a défoncé (passez-moi l'expression) le pauvre japonais Yushi Okami. La vidéo ci-dessous en apporte la plus parfaite démonstration (âmes sensibles s'abstenir) :


Bon, personnellement, je préfère un bon vieux clasico Flamengo-Corinthians (Anderson Silva est d'ailleurs un Corintiano doente, soit un supporter fanatique du club paulista, champion en titre du Brasileirão), mais il faut avouer que le spectacle est impressionnant, à défaut de faire appel aux instincts les plus nobles de la race humaine...

Rendez-vous début 2013 pour partager sur les Brésiliens de l'année 2012 !

31 juillet 2011

Infographie : les différentes vues du Brésil

Au hasard de mes balades sur Internet, j'ai découvert, sur la version brésilienne de l'excellent site ReadWriteWeb, l'infographie suivante, qui revisite la géographie des 26 états du Brésil (et du District Fédéral, ie la capitale Brasilia) en fonction du poids relatif de chacun d'entre eux sur différents critères socio-économiques clés.



Les 26 états sont structurés en 5 grandes régions administratives :
- Norte (en tons verts)
- Nordeste (rose)
- Centro-Oeste (rouge)
- Sudeste (jaune)
- Sul (bleu)

Où l'on voit :
# La surpondération du Nordeste pour ce qui concerne la densité de population, le nombre d'enfants...mais aussi malheureusement la mortalité infantile ;
# Le poids considérable de la région Sudeste (qui compte les trois états les plus peuplés et les plus riches -Minas Gerais, São Paulo et Rio de Janeiro- du pays) dans l'économie du pays (PIB, nombre de voitures)
# Le très faible impact socio-économique de la région Norte (et de ses deux états phares, l'Amazonas et le Para) : peu d'habitants, peu d'enfants, pas de voitures, peu de revenus...mais l'Amazonie, le fameux poumon de la planète !

Intéressant, non ?

26 mai 2011

Pauvreté et inégalités sociales au Brésil : des progrès, mais le chemin est encore long...

"Brazil takes off" (The Economist, décembre 2009), "Brésil : le nouvel Eldorado" (Le Point, mai 2010), "Brésil, un géant s'impose" (Le Monde 2, novembre 2010)...A écouter ou lire les médias, on a l'impression que le Brésil, tout à sa croissance débridée (encore 7,5% en 2010), est enfin rentré dans la cour des grands, dans ce Primeiro Mundo (le Premier Monde, c'est ainsi que les brésiliens définissent les traditionnelles économies occidentales développées) regardé depuis toujours par les brésiliens eux-mêmes avec déférence et envie... 
Cependant, deux études parues de manière quasi concomitante, au début de ce mois de mai, viennent altérer ce tableau idyllique d'une nation, qui, si elle a accompli depuis une dizaine d'années des progrès indéniables en matière de développement économique et de création de richesses, n'en reste pas moins un pays où les inégalités sociales sont criantes et où l'extrême pauvreté est loin d'être éradiquée. 

Le nouvel Eldorado, vraiment ? 

# Un niveau d'inégalités sociales encore insupportable :

L'institut d'études de la Fundação Getulio Vargas (FGV) a publié voici quelques semaines un rapport intitulé "Inégalités et revenus durant la décennie 2000-2010", qui établit que le fameux indice de Gini (coefficient qui mesure le degré d'inégalité dans la répartition des revenus d'un pays) du Brésil n'a fait que chuter (plus celui-ci tend vers 0, plus le pays est égalitaire) sur 10 ans, passant de 0,61 à désormais 0,53. Le chiffre les plus parlant est celui-ci : le revenu moyen hors inflation de la tranche des 20% des brésiliens des plus pauvres a augmenté de 50%, quand celui des 20% les plus riches n'a augmenté que de 9%. C'est évidemment une formidable avancée, qu'il ne faut pas minimiser. 
Le bémol, c'est que malgré cette forte réduction des disparités salariales, le Brésil reste l'un des pays les plus inégalitaires au monde (85ème sur les 100 listés par l'étude), et qu'il faudra du temps, beaucoup de temps (si cette tendance de la baisse des inégalités se confirme) pour rejoindre les standards du "Premier Monde" (l'indice de Gini moyen de l'Union Européenne est de...0,29). De surcroît, l'inégalité est encore moins supportable dans un pays qui n'a pas atteint, loin s'en faut, le niveau de revenu moyen que l'on connait en Europe : ainsi, le PIB moyen par habitant au Brésil s'établit à 10.500 $ pour 2010, ce qui le placerait...en dernière position de l'Union Européenne, derrière la Bulgarie (12.600 $) et la Roumanie (11.500 $), et loin de la moyenne de notre Europe à 27 (à 33.700 $).  
Que faut-il faire pour réduire encore le différentiel de revenus ? La croissance économique et le partage des fruits de celle-ci doivent bien entendu se poursuivre, mais cela ne suffira pas : il faut que l'Etat fédéral se charge de réformer en profondeur la fiscalité des revenus et du patrimoine, en particulier en décidant enfin de relever le seuil scandaleusement bas de l'impôt direct sur le revenu (le palier supérieur se situe à un tout petit 27%...). Pour être accepté, cette indispensable réforme doit s'accompagner d'une politique impitoyable de chasse au gaspillage de l'argent public...et à la corruption, encore endémique au Brésil, comme le démontrent les nombreux scandales qui continuent d'émailler la scène politico-économique du pays. 


# Une extrême pauvreté encore beaucoup trop présente :  

C'est LA promesse majeure de campagne de Dilma Rousseff, la présidente fraîchement élue : en finir avec l'extrême pauvreté au Brésil, composée des personnes vivant avec moins de 1 € par jour (environ 70 R$ par mois), à telle enseigne que le slogan qu'utilise le gouvernement dans ses nombreuses campagnes de communication est devenu "Le Brésil : un pays riche et sans misère". S'appuyant sur les données issues de l'Institut Brésilien de la Géographie et des Statistiques, l'IBGE (l'équivalent de notre INSEE), le Ministère du Développement Social a divulgué début mai le nombre de brésiliens considérés comme "miséreux", et le chiffre est effrayant : plus de 16 millions des concitoyens de Dilma vivent avec moins de 70 R$ par mois, soit l'équivalent de la population des Pays-Bas ! Cette extrême pauvreté, trop souvent oubliée par les médias internationaux, est majoritairement présente dans le Nord-Est du pays (60% des miséreux y résident), et touchent bien plus les noirs et métis (62% des très pauvres) que les blancs ("seulement" 26%). 

Gameleira, dans le Pernambuco :
l'un des Etats les plus pauvres du Brésil

Il est une conséquence dramatique de l'imagerie "eldoradienne" que l'on donne aujourd'hui du Brésil : les dons aux ONG locales ont chuté dans des proportions considérables, de plus de moitié en 5 ans pour certaines d'entre elles, remettant en cause la survie de nombreux programmes dans les quartiers déshérités des grandes villes ou dans les régions pauvres du pays.
Le gouvernement promet néanmoins d'éradiquer ce fléau endémique d'ici à la fin du mandat de Dilma, en 2014, en fournissant, à travers le programme -encore en gestation- "Le Brésil sans misère", un complément de revenu à ces familles déshéritées, et en leur donnant un meilleur accès aux "services sociaux basiques", tels les soins de première nécessité. Souhaitons que ce programme parvienne à ses fins ! Dans l'intervalle, n'oubliez pas la masse considérable des brésiliens qui passent à côté du miracle économique que l'on fait miroiter sans cesse à nos âmes crédules, et soyez partageurs, par exemple avec l'ONG Terr'Ativa, que j'ai visitée le mois dernier dans la Zona Norte de Rio, et qui effectue un travail difficile et remarquable loin des projecteurs. 

11 mai 2011

Economie brésilienne : le spectre du retour de l'inflation

Si le Brésil est tant à la mode, il le doit beaucoup au talent de super VRP de son charismatique ex-président Lula da Silva, mais aussi (et plus encore) à l'insolente santé de son économie : le PIB en 2010 a ainsi crû de plus de 7,5%, faisant désormais du Brésil la 7ème économie mondiale, avec plus de 2000 Mds de $ de revenus -la France, ses 2500 Mds de $ et sa croissance faiblarde étant désormais à portée de fusil du nouvel ogre latino-américain (cf tableau ci-dessous). Tous les feux des investisseurs internationaux sont ainsi plus que jamais braqués sur ce géant plus qu'émergent, pour tenter de profiter un peu de ce gâteau royal à 200 millions de consommateurs !

Le Brésil bientôt 5ème puissance mondiale ? 

Cependant, derrière cette excitante façade, le tableau en ce premier semestre 2011 peine à cacher quelques inquiétantes zones d'ombre, dont l'éventuelle persistance pourrait altérer la vision "eldoradesque" que l'on se fait communément aujourd'hui de l'économie brésilienne :

1. La croissance brésilienne est avant tout portée par la consommation, quasi frénétique, de ses habitants, portée par une confiance dans l'avenir au plus haut et l'accès d'une large frange de la population aux délices de la "dépense capitaliste". Au final, comme le souligne le site MoneyWeek ici, "le meilleur ami du Brésil, c'est son marché intérieur"...et pas ses exportations (qui ne représentent "que" 15% de son PIB), et encore moins son taux d'investissement, qui stagne à 19% du PIB, loin des autres BRIC qui parviennent à mieux équilibrer les postes de croissance (Chine, taux d'investissement de 40% du PIB, Inde, 30%). Conséquence, les infrastructures (routières, aéroportuaires, portuaires) du pays restent arriérées (il suffit de prendre la triste Via Dutra, l'autoroute qui relie São Paulo à Rio, soit les deux plus grandes villes du pays, qui supporte à peine la comparaison avec une grande départementale française...) et sont un handicap majeur à un développement durable du Brésil...

L' "autoroute" Rio-São Paulo en février 2010...

2. La pénurie de main d'oeuvre qualifiée, conséquence d'un système éducatif de piètre niveau, est là aussi un frein à la poursuite d'une expansion pérenne, comme le souligne l'économiste Luiz Carlos Prado : "La grande fragilité du Brésil est la qualité de sa main d'oeuvre et de son éducation, et c'est un problème que l'on ne résoudra pas à court terme". Curieusement (et pour le malheur des nombreux chercheurs d'emplois étrangers au Brésil, je sais de quoi je parle ;), le Brésil ne compense pas cette faiblesse structurelle par une politique d'ouverture aux compétences internationales, puisque celui-ci pose des freins quasi insurmontables aux candidats étrangers à l'emploi et fait subir un enfer bureaucratique (l'obtention d'un visa de travail est un combat homérique !) à ceux qui auraient quand même réussi à trouver un employeur prêt à les accueillir...

3. Peut-être le risque le plus prégnant et le plus dangereux à court terme, le retour d'une phobie toute latino-américaine, l'inflation ne cesse de croître jusqu'à dépasser en ce mois de mai le plafond fixé par les autorités brésiliennes (Banque Centrale en tête), qui projettent désormais un taux de hausse des prix à 6,7%, au-delà des 6,5% censés être "autorisés". La forte croissance stimulée par le gouvernement et son fameux "Plan d'Accéleration de la Croissance -PAC", la hausse du crédit liée à la consommation interne, l'explosion des prix des commodities depuis août 2010, les tensions sur les salaires dans un pays au taux de chômage -6,5%- historiquement bas sont autant de raisons qui peuvent expliquer le retour d'une forte inflation. Et rien n'y semble faire pour stopper celle qui a durablement traumatisé tout un peuple durant les années 80 "pré-real" (l'ère du cruzeiro à plusieurs milliers de %), ni les coupes budgétaires dans les dépenses publiques du début d'année, ni  la réduction annoncée de la croissance pour 2011 (prévisionnée tout de même entre 4,5 et 5 %), ni la hausse du taux directeur de la BC brésilienne (porté de 10,75 à 12% en trois mois...et qui ne fait que renchérir le prix de l'argent et de la monnaie brésilienne, le real, déjà surévalué), ni les toutes récentes pressions gouvernementales sur Petrobras pour baisser le prix de l'essence à la pompe, il est vrai incroyablement élevé pour un pays producteur et -presque- autosuffisant (près de 3 R$, soit 1,30 € !).
Ainsi, le "combat serré" que la présidente Dilma a promis de mener contre l'inflation va s'avérer le grand défi de sa première année de mandature, il en va de la bonne santé générale d'un pays où le coût de la vie est -comme ailleurs- un sujet de discussion permanent, le tout attisé par une étonnante disparité entre le revenu disponible moyens des ménages (1.200 R$ environ par mois, soit un peu plus de 500 €) et l'accès aux principaux biens et services, qui restent hors de portée de la majorité de la population.

25 mars 2011

Rio, Ville Merveilleuse...et hors de prix !

"Aquele abraço", superbe hymne de Gilberto Gil sur notre Cidade Maravilhosa, débute ainsi : "O Rio de Janeiro continua liiiiindo"...La chanson date déjà de 1969. S'il l'avait écrite en 2011, nul doute que le grand Gilberto aurait pu ajouté un couplet "O Rio de Janeiro virou caaaaro" ("Rio de Janeiro est devenue chère") ! Chère en l'occurence est un euphémisme, on pourrait presque affirmer que Rio est devenue, en quelques années seulement, une ville inabordable, tant pour ses habitants qui cherchent à se loger ou y travailler, comme pour les touristes !

Trois exemples parmi tant d'autres :
- Le marché immobilier d'habitation carioca a simplement explosé : les prix se sont enflammés, pour quasiment doubler en seulement deux ans ! En 2010, la hausse moyenne est estimée à plus de 40%, et certains quartiers (en particulier Barra da Tijuca, le Miami moderne mais moche) auraient même vu leurs prix croître de plus de 60% ! J'ai jeté un oeil ce matin dans les pages "Imoveis" du Globo, et je suis tombé à la renverse :  un deux-pièces sur Ipanema est annoncé à 1.030.000 R$ (440.000 €), un autre à Leblon est affiché à 1.380.000 R$ (590.000 €) ! Ne parlons pas des appartements plus luxueux : un 350 m² à Leblon de nouveau est à 8 millions de R$, soit 3,5 millions d'€ ! 10.000 € le mètre carré ! Certes, nous sommes dans les quartiers les plus chics de la ville, mais même si l'on s'en éloigne un peu, les prix restent tout de même très élevés, comme ce 4 pièces à Botafogo de 160 m² affiché à 2 millions de R$ (900.000 €).

Leblon, c'est bonbon pour se loger...

- Si se loger à Rio est devenu incroyablement onéreux, que dire de l'immobilier d'entreprise ? Selon l'étude annuelle du cabinet Cushman & Wakefield, le coût d'occupation moyen de bureaux en 2010 s'est accru de...47% dans la capitale fluminense, faisant désormais de Rio de Janeiro la 4ème ville la plus chère au monde (elle était 13ème en 2009) en la matière. Rio devant New York ou Paris, et ville la plus onéreuse du continent américain, qui l'eût dit il y a seulement 3 ans ?  

- L'hôtellerie n'est évidemment pas en reste, puisqu'un très récent "ranking" établi par le site Hotels.com montre que le prix moyen de la nuitée à Rio a augmenté de 30% en 2010, soit la plus forte hausse mondiale après Macao (je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans la cité qui sent le sang écarlate, qui a crû de son côté de 40% !), et s'établit désormais à 314 R$ (133 €), soit le tarif le plus élevé de tout le Brésil. Plus fort encore, Rio est aujourd'hui la deuxième destination la plus chère au monde dans la catégorie "hôtels 5 étoiles" : il vous faudra débourser en moyenne 1.146 R$ (485 €), et seul Big Apple vous coûtera plus cher (532 € par nuit) !

Le Fasano, 1.800 R$ la nuit en moyenne...

Et là j'ai envie de dire : mais comment en est-on arrivés là ?! Selon moi, les raisons d'un tel boom (d'une telle bulle, ça y est j'ai lâché le mot !) sont principalement de trois ordres :

1. Une situation économique favorable : 7% de croissance l'année dernière, une monnaie forte, une inflation à peu près maîtrisée (5,5% en 2010), des investisseurs étrangers qui arrivent en masse, un accès au crédit quasi généralisé (une grande première dans un pays qui reste profondément marqué par les années d'hyper-inflation d'avant le "plan Real" -1993), l'incroyable manne du pétrole sous-marin aux larges des côtes de l'Etat fluminense, tout est dit, n'en jetez plus ! Le Brésil, et Rio encore plus, ont la cote, et forcément, cela impacte notablement la cherté de notre Ville Merveilleuse.

2. Une baisse incontestable de la violence et de l'insécurité : Rio, qui reste dans l'imaginaire des gens associée à favela, trafics, kidnappings, assaltos (les agressions en pleine rue) s'est considérablement améliorée en matière de lutte contre l'insécurité. Il faut mettre cela au crédit du gouverneur de l'Etat de Rio, Sergio Cabral (et sa superstar, le secrétaire à la Sécurité, José Maria Beltrame, élu pas plus tard qu'hier "personnalité de l'année" par le quotidien O Globo), qui a innové en la matière en mettant en place le fameux programme des UPP (Unités de Police Pacificatrices, postées durablement dans les favelas de la ville).  J'aurai l'occasion très prochainement de revenir sur Rio et la violence, mais tous les cariocas vous le diront : la ville est beaucoup plus sûre aujourd'hui qu'il y a quelques années (sans parler des années noires, entre 1985 et 1995), et cela contribue évidemment à doper la cote d'amour de la ville, en particulier des étrangers qui sont de plus en plus nombreux à y acquérir des biens immobiliers.

José Maria et ses copains de la Police...

3. L'imminence d'évènements sportifs de répercussion mondiale : je veux bien entendu parler de la Coupe du Monde de Foot de 2014 et des Jeux Olympiques d'été de 2016. Les bénéfices que Rio va en tirer, en matière de transports urbains, d'infrastructures hôtelières, de constructions immobilières, sans compter l'incroyable couverture médiatique et les moyens financiers alloués par les organisations (FIFA, CIO...), sont une source certes conjoncturelle, mais indéniable, de croissance des prix de la métropole dans tous les domaines déjà évoqués.

Le logo des JO 2016 : bof...

Dans ce contexte, et au vu de l'emballement général, la question qui vient évidemment à l'esprit est la pérennité de ces hausses : s'agit-il d'un "rattrapage" finalement logique si l'on considère l'incroyable cadre de vie général de Rio (soleil, mer, plage, montagnes...), où n'est-on pas plutôt déjà au-delà du raisonnable, dans un Etat (celui de Rio) où le salaire moyen culmine à 1.300 R$ (550 €) par mois, cet au-delà du raisonnable étant alimenté par un sur-optimisme ambiant des investisseurs de tous ordres, porté en particulier par les évènements sportifs évoqués ci-dessus ? Vous l'aurez compris, bien que j'adore mon Rio, j'ai bien peur que l'on soit en train de connaître une période (trop) dorée, et que l'atterrissage post-2016 soit des plus douloureux...Puisse le futur (pour une fois ;) me donner tort !

28 avril 2010

L'économie brésilienne accélère en 2010 !

Alors que nos économies européennes dépriment et redoutent des faillites en série pour plusieurs états de la zone Euro, les économies émergentes semblent avoir déjà digéré la crise financière ("la crise, quelle crise ?") et affichent des performances insolentes. Après la Chine qui a annoncé récemment un trend de croissance de plus de 12% en 2010 vs 2009 (faisant craindre des risques de surchauffe et d'inflation), c'est notre bon Brésil qui fait feu de tout bois : ainsi, le premier trimestre 2010 aurait vu l'économie brésilienne croître de 2,5 à 3% vs la même période en 2009, dépassant allègrement les prévisions initiales qui tablaient sur un bon 1,5%. Le pays, qui a retrouvé le chemin de la croissance dès le 2ème trimestre 2009, est porté par la vigueur de plusieurs secteurs-clés, comme l'automobile (+21% Q1 2010 vs Q1 2009), la production de papier (+20%) ou la production électrique (+12%). La contrepartie de cette croissance soutenue (qui devrait néanmoins ralentir dans les prochains trimestres, puisque les économistes s'entendent pour tabler sur une croissance totale en 2010 un peu supérieure à 6%) est une inflation là aussi plus élevée que les prévisions, avec une révision de celle-ci à 5,4% pour l'année en cours. Autre élément-clé, les importations ont considérablement augmenté en ce premier trimestre 2010 vs 2009 (+48%), signe de l'appel d'air causé par la croissance de la consommation intérieure, qui attise les convoitises des investisseurs étrangers, et par ricochet font apprécier le real, qui est à des niveaux historiques de change (1 € vaut 2,26 R$ aujourd'hui contre 3,20 il y a moins d'un an !). C'est bon pour les industriels français (je pense à mes "mécènes" de l'automobile ;), mais c'est moins bon (très égoïstement) pour notre pouvoir d'achat, nous qui sommes payés (je veux parler de ma tendre épouse là ;) pour -bonne- partie en euros !
Bravo au Brésil, donc, encore une fois, même si deux points noirs persistent à mes yeux : le fort endettement des ménages brésiliens, qui peut faire craindre un scénario à la "tropical subprime", et une redistribution de ces richesses nouvellement créées qui continue à être erratique et injuste...

08 mars 2010

"L'Europe en déclin", une tribune éloquente dans O Globo...

Paulo Nogueira Batista Jr (photo de droite) est un économiste brésilien actuellement directeur exécutif  pour l'Amérique Latine au FMI. Il vient de publier la tribune suivante dans le grand quotidien brésilien O Globo.

"Il y a peu, une information a choqué les européens : Barack Obama ne se rendra pas au meeting annuel Etats Unis-Europe, programmé pour le mois de mai, en Espagne. Il semble que le président des Etats-Unis n'est pas disposé à traverser l'Atlantique pour participer à l'une des ces réunions sans beaucoup de substance, comme celle qui s'est déroulée à Prague l'année passée. 
La décision d'Obama est cependant symptomatique de quelque chose de plus grande ampleur : le déclin persistant de l'influence européenne. Le brésilien ne perçoit pas toujours ce phénomène et place parfois des espoirs probablement démesurés dans le rôle que l'Europe pourrait tenir en tant que contrepoids des Etats-Unis dans un monde de plus en plus mulipolaire. Les européens, en effet, ont un bon "marketing" et font de beaux discours progressistes. 
J'ai moi-même été bercé par cette illusion quand je vivais au Brésil. Voilà maintenant presque trois ans que je vis à l'étranger, en contacts quasi quotidiens avec les représentants européens du FMI. J'ai aussi participé à de nombreuses rencontres du G20, dans lesquels la représentation européenne est importante. Depuis lors, mon point de vue sur l'Europe (ou tout au moins sur son rôle à l'international) a totalement changé. 
A quelques exceptions près, qui sont liées en général à la qualité individuelle de quelques représentants européens, l'Europe agit de manière médiocre et conservatrice. La majorité des mauvaises idées, dans le FMI ou au sein du G20, vient des européens. Les britanniques se distinguent particulièrement en la matière. Je peux dire sans peur de me tromper : l'Europe est aujourd'hui la principale force rétrograde dans les institutions financières européennes. 
Les signes de déclin relatif de l'Europe viennent de toutes parts. Par exemple : bien que les Etats-Unis (en particulier le système financier américain) aient été l'épicentre de la crise internationale de 2007-2009, la récession a été plus profonde en Europe en 2009. Selon les premiers chiffres, le PIB américain a chuté de 2,5%. Celui de la zone Euro s'est contracté de 3,9%. L'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni ont enregistré des chutes de presque 5%. Seule la France a eu un résultat un peu meilleur, avec une baisse estimée à 2,3%. A la périphérie européenne, le tableau est encore pire. De nombreux pays sont ou sont sur le point d'être en situation de faillite financière. Plusieurs d'entre eux ont dû recourir au FMI dans le passé récent. Ca a été le cas de l'Ukraine, de la Serbie ou de l'Islande, par exemple. Mais cela a également concerné des membres de l'Union Européenne : la Hongrie, la Lettonie ou la Roumanie.  
Dans les dernières semaines (humiliation suprême), les spéculations sont allées bon train sur le fait que, pour la première fois, un pays membre de la zone Euro devrait avoir recours au FMI : la Grèce. Les autorités européennes, de peur de perdre leur prestige, font tout pour éviter cet affront. 
Le pire est que la crise grecque a déjà contaminé les autres pays du sud de l'Europe, qui font également partie de la zone Euro, notamment le Portugal et l'Espagne. Les marchés financiers font déjà référence avec dégoût aux 'PIGS' (Portugal, Italy, Greece and Spain)...
La réalité est que l'Europe est un continent qui a vieilli, qui vit dans la gloire du passé et qui cherche à s'accrocher à des privilèges et des positions qui ne reflètent déjà plus son poids actuel dans le monde. C'est ce qui se passe au sein du FMI, où la sur-représentation de l'Europe est simplement scandaleuse. 
Tout ceci me fait penser à Charles de Gaulle, qui, en 1969, peu de temps avant de mourir, a commenté avec tristesse : 'J'ai tenté de fortifier la France face à la fin d'un monde. Ai-je échoué ? D'autres le sauront, plus tard. Sans aucun doute, la fin de l'Europe est devant nous' ".

Un jugement sans concession de la part de Nogueira Batista qui traduit aussi une forme de "décomplexion" des élites brésiliennes face au mirage européen. Sa position et son expérience font que, sans aucun doute, l'analyse de Batista correspond à une triste réalité, pour nous pauvres européens...même si notre DSK national devrait remonter les bretelles à cet insolent impétrant ! :)

01 mars 2010

Indices socio-économiques : la montée en puissance de la classe C

L'un des facteurs les plus éclairants des progrès effectués par le Brésil ces dernières années en matière socio-économique est sans conteste la montée en puissance de la classe moyenne brésilienne, cette fameuse classe "C", qui est historiquement la plus importante en terme d'"effectifs", mais qui pour la première fois en 2009, est également devenue celle qui agrège la part de revenu la plus importante du pays : 49% des brésiliens, soit 91 millions d'entre eux, appartiennent désormais à la classe C (celle dont les revenus sont compris entre 1.115 et 4.807 R$ par mois), et pèsent désormais plus de 46% des revenus du pays. En 2003, première année du gouvernement Lula, la classe C ne pesait "que" 37,5% de la population, pour seulement 37% de la part de revenus. Ainsi c'est près de 27 millions de brésiliens (la moitié de notre France !) qui en l'espace de 7 ans ont pris l'ascenseur social et sont "montés" des classe "inférieures", D et E, jusqu'à la classe moyenne. Cet indéniable progrès ne doit cependant pas masquer le fait que le pays reste encore très inégalitaire, puisque les classes supérieures (A et B) concentrent 44% des revenus tout en ne pesant que 10% des effectifs. Le coefficient de Gini brésilien (qui mesure le degré d'inégalité dans la distribution des revenus) reste ainsi l'un des plus élevés au monde -bien qu'il soit indicé à la baisse depuis 7 ans.

La question que l'on se pose bien évidemment, c'est jusqu'à quel point le gouvernement de Lula a été moteur dans la "massification" de cette classe moyenne au cours de ses 7 années de "règne". La lecture de l'interview du sociologue Bolivar Lamounier (photo de droite) accordée à l'hebdomadaire Veja la semaine dernière est éclairante... : 
"La croissance de la classe C lors de ces dernières années est une conséquence directe de la stabilité économique. Avec l'élévation du pouvoir d'achat, la consommation augmente. Le crédit est devenu accessible à des gens qui précédemment ne possédaient même pas de compte bancaire. Il est aujourd'hui possible d'acquérir une voiture en 70 fois, quelque chose qui était impensable durant les années d'hyper-inflation, simplement parce qu'il n'y avait pas de financement.(...)La classe C n'est pas le fruit du gouvernement actuel. Son origine est à mettre au crédit de la globalisation économique, qui s'est mise en place au Brésil voici 20 ans. Nous nous sommes ouverts au monde, et nos relations commerciales avec les autres pays se sont fortifiées. Cela n'a été possible, de manière évidente, que parce que notre économie s'est stabilisée et que notre monnaie a gagné le respect. Fernando Henrique Cardoso (le précédent président du Brésil, entre 1994 et 2002) s'est distingué avec le plan real, mais Lula a aussi gagné les élections après s'être engagé à préserver la stabilité.(...)Défendre la stabilité, en particulier de la monnaie est en la matière une attitude progressiste. Sans cela, il ne peut y avoir redistribution des richesses, et donc d'enrichissement de la société dans son ensemble. Le gouvernement Lula a été particulièrement attentif en matière de politique monétaire et a privilégié la stabilité économique. Cela a été très bénéfique à  la classe moyenne.(...)Vivre dans un cadre économique plus stable permet également aux citoyens de devenir plus réalistes. Ainsi, ceux-ci arrêtent de simplement espérer l'aide permanente de la providence divine ou de l'état, et prennent conscience que leur développement matériel dépend beaucoup de leur propre effort.(...)La poursuite de la croissance de la classe moyenne devra intégrer la nécessité d'engagement collectif qui aujourd'hui fait défaut au peuple brésilien : dans cette classe C, en effet, on observe de manière aigüe un caractère typique de la culture brésilienne, qui est une forme d'aversion à s'associer avec d'autres personnes qui ont les mêmes intérêts, mais qui ne font pas partie de sa famille ou de son cercle d'amis les plus proches. De ce point de vue, nous les brésiliens, sommes de "faux" citoyens. Le concept de citoyenneté se caractérise justement par l'association d'intérêts avec d'autres citoyens qui ne font pas partie de nos relations quotidiennes, et nous devrons corriger cet atavisme si nous voulons poursuivre notre progression." 

De mon point de vue, si le premier mérite de Lula semble bien être d'avoir pu consolider la stabilité économique initiée par FHC, je crois qu'il serait injuste de réduire son mérite à simplement ça. Il semble en effet indéniable qu'à la fois les programmes sociaux mis en place et/ou étendus type Fome Zéro, Bolsa Familia ou Minha Casa, Minha Vida, mais aussi l'évident travail de réhabilitation de l'image du Brésil à l'extérieur de ses frontières (source d'investissements étrangers multipliés sur le territoire brésilien), ont été des accélérateurs forts de la croissance de cette classe moyenne et de la réduction générale des inégalités (qui restent colossales, malheureusement...).

Pour en savoir plus sur ce sujet passionnant, lire le récent bouquin de Lamounier, "La classe moyenne brésilienne - ambitions, valeurs et projets de société", disponible -seulement en portugais- aux éditions Campus/Elsevier.

04 février 2010

Les brésiliens qui vont compter en 2010, selon Istoé

Istoé, l'excellent newsmagazine brésilien dont je vous ai déjà parlé ici, nous présente, dans son édition datée du 20 janvier 2010, les 100 personnalités les plus influentes pour l'année à venir, dont une belle brochette de brésiliens (ils sont exactement 53 à être "distingués" par le magazine). C'est sur celles-ci, tropisme brésilien de ce blog oblige, que je vais me concentrer, tant il est vrai que nous devrions entendre parler de bon nombre d'entre eux pour les prochains mois !
Ci-dessous la couverture de ce numéro spécial d'Istoé.
- Dans le domaine Politique, à tout seigneur tout honneur, le président de la République du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva est le premier nommé ! Après une année 2009 extraordinaire pour lui (records de popularité dans le pays, immense cote à l'étranger, "vainqueur" des JO de 2016...), l'année 2010 sera cruciale pour Lula, qui en plus de garder le Brésil sur le chemin de la croissance retrouvée, devra faire de la ministre de la Maison Civile, Dilma Roussef, son successeur à la tête de l'état brésilien, lors de l'élection présidentielle programmée en octobre prochain ! Dilma Roussef, qui fait bien entendu parti des nominés, et qui aura fort à faire pour se faire aimer des brésiliens, et d'ainsi pouvoir profiter à plein de la popularité de son père spirituel en politique qu'est Lula. Si elle y parvient, elle aura de grandes chances de devenir la première présidente femme du Brésil, et ainsi de pouvoir poursuivre l'oeuvre de modernisation du pays entamé par Lula (et par son prédécesseur à la tête de l'état, Fernando Henrique Cardoso - qui au titre de sa position de grand sage en retrait des batailles politiciennes nationales, est également membre de la liste des personnalités brésiliennes qui compteront en 2010). On trouve également dans cet aréopage des hommes politiques importants les challengers de Dilma Roussef dans la course présidentielle que sont José Serra, l'actuel gouverneur de l'état de São Paulo et candidat du PSDB, l'autre grand parti politique brésilien, mais également Marina Silva, l'ex-égérie du gouvernement Lula au poste de ministre de l'environnement, qui a claqué la porte du PT pour tenter sa chance aux présidentielles sous les couleurs du PV (Partido Verde, les..Verts donc). Deux autres personnalités politiques sont nominées, Aecio Neves, le gouverneur le plus populaire du pays, qui jouera le rôle d'arbitre au sein du PSDB, et Ciro Gomes (photo ci-contre), actuel député fédéral, ancien ministre, qui dispose d'une bonne cote de popularité et qui pourrait jouer les trouble-fêtes s'il décide de se présenter aux prochaines élections...

- Sur le terrain de l'Economie, les personnalités brésiliennes les plus influentes selon Istoé sont Roger Agnelli, le président de Vale, la première entreprise privée du Brésil spécialisée dans l'extraction minière ; l'increvable Abilio Diniz, le patron du premier distributeur brésilien, Pão de Açucar, qui détient également les enseignes Extra, Sendas, mais aussi depuis l'année dernière Ponto Frio et surtout Casas Bahia ; Eike Batista, le multi-entrepreneur mineiro qui est aujourd'hui la première fortune privé du Brésil (photo ci-contre à gauche) ; et enfin Henrique Meirelles, le président de la Banque Centrale du Brésil, qui a bien mené la barque durant la crise financière de 2009 et à qui l'on prête de grandes ambitions politiques pour 2010 (une place de ministre de l'économie dans le prochain gouvernement ?).

- Pour ce qui concerne la Culture et la Société, les personnalités-clés du Brésil pour Istoé sont avant tout des...actrices : Gloria Pires, qui joue la mère de...Lula au cinéma actuellement dans le très mielleux "Lula, o Filho do Brasil"; Juliana Paes, qui a illuminé la telenovela à succès de Globo "Caminho das Indias" en 2009; ou encore Alinne Moraes, qui de son côté interprète Luciana dans...la telenovela en cours, toujours de Globo, "Viver a vida". Toujours dans l'univers du cinéma est distingué le réalisateur Daniel Filho, qui a établi en 2009 le record d'entrées en salles de l'histoire récente du cinéma brésilien (6 millions de billets vendus), avec sa comédie "Se eu fosse você 2". Sont nommés Paulo Borges, le styliste le plus réputé du Brésil aujourd'hui et inventeur des São Paulo et Rio Fashion Week, les deux principaux évènements "mode" du pays, mais également l'incontournable top-model Gisele Bündchen (allez une petite photo d'elle ci-contre à droite pour se faire plaisir ;). On trouve également dans la liste le philosophe, ex-député et grand défenseur des thèses environnementales Marcio Santili, distingué à ce titre par Time en 2009. Et je termine avec Alex Atala, considéré comme le meilleur chef-cuisinier brésilien actuellement. Ses deux restaurants le DOM et le Dalva e Dito, à São Paulo, ne désemplissent en tout cas jamais...

- Enfin, pour ce qui concerne le Sport, gloire tout d'abord au président du Comité International Olympique brésilien Carlos Nuzman, qui a brillamment oeuvré pour que le continent sud-américain accueille les JO pour la première fois, à Rio, en 2016. Le football est évidemment à l'honneur dans la longue liste des personnalités brésiliennes qui comptent, avec Ricardo Teixeira, l'inamovible président (depuis 21 ans) de la Confédération Brésilienne de Football, avec les joueurs Kaka et Ronaldo, dont les présentations sont superflues (4 ballons d'or et 3 coupes du monde à eux deux), sans oublier le taciturne sélectionneur de l'équipe du Brésil Dunga (photo ci-dessous), qui sera adoré ou haï à l'issue de la Coupe du Monde de football, en juillet prochain...en fonction du résultat de la Seleção (seule la victoire sera belle !). Et enfin, parce qu'il n'y a pas que le foot dans la vie (quoique...), Istoé distingue justement Cesar Cielo, le recordman en titre des 50 et 100m nage libre, je parle bien entendu de natation...
Bravo à toutes ces grandes personnalités, qui font la richesse et la diversité du Brésil d'aujourd'hui...et de demain !

22 janvier 2010

Le Brésil 8ème économie mondiale en 2009 !

Le Brésil vient de publier ses chiffres d'évolution de son PIB annuel. Si le résultat annuel est finalement en décroissance, principalement en raison de l'impact de la crise mondiale sur les exportations du pays (-0,7% pour le PIB et une balance commerciale négative, pour la première fois depuis 2003),  le résultat en valeur absolue (1480 milliards de $ de PIB) fait passer le pays pour la première fois de son histoire en 8ème position des plus grandes économies mondiales. Il dépasse ainsi l'Espagne et la Russie, dont les économies sont en chute libre en 2009 (surtout les ruskov, c'est ça d'être devenu encore plus ultralibéral que le UK ou les US...).

Les prévisions pour 2009 devraient consolider la position du pays dans le cercle des plus grandes économies mondiales : celui-ci table sur un raisonnable +3,5%, et le Brésil devrait ainsi tranquillement dépasser l'Italie, voire la Grande-Bretagne d'ici à l'horizon 2012-2013...Le Brésil 6ème économie mondiale, c'est donc pour demain !

17 décembre 2009

Les brésiliens de l'année 2009, par Istoé

Istoé, le très bon newsmagazine brésilien, a publié dans son édition du 9 décembre 2009 son palmarès des brésiliens de l'année 2009, dans les catégories Politique, Economie, Sports et Culture, ainsi que le grand prix de brésilien de l'année, en quelque sorte "toutes catégories confondues" !


Commençons donc par ce grand prix, où Istoé distingue, une fois n'est pas coutume, le président Lula da Silva (photo ci-contre) en tant que "Brésilien de l'année 2009" ! Il faut dire que l'année qui se termine a vu Lula surfer sur une popularité sans précédent, tant à l'intérieur de ses frontières (près de 80% d'opinions favorables !) que sur la scène internationale, sur laquelle il s'est démené toute l'année durant ! De surcroît, il a joué un rôle que l'on dit décisif dans l'attribution des Jeux Olympiques 2016 à Rio de Janeiro, et il a le mérite et le bonheur de diriger un pays qui a extrêmement bien résisté à la crise financière mondiale, étant l'un des derniers à entrer en récession, et l'un des tout premiers à en sortir (même si les derniers chiffres de croissance ne sont pas non plus mirifiques...). En tout état de cause, il quittera son poste de président à la fin de l'année 2010, laissant un pays en bien meilleur état économique et social que lorsqu'il a débuté son premier mandat aux premiers jours de 2003...Bravo à lui donc, ce prix, s'il n'est pas marqué par le sceau de l'originalité, me semble tout à fait justifié...pour l'ensemble de son oeuvre.

Le prix de l'homme politique brésilien de l'année a été attribué au charismatique et énergique gouverneur de l'état du Minas Gerais Aécio Neves (photo ci-contre). J'ai déjà eu l'occasion de vous parler d'Aécio, ici et encore , il est certainement l'un des hommes politiques les plus talentueux du pays. Il dispose également d'une approbation de sa politique dans son fief de Belo Horizonte à faire rougir un dirigeant nord-coréen (90% d'opinions favorables !), il est, à 49 ans, le futur étalon du PSDB, le parti de centre-droit de l'ex-président Fernando Henrique Cardoso, et se pose encore aujourd'hui en alternative à l' "éléphant" José Serra pour la course à la présidentielle brésilienne de 2010. Là encore, un prix qui ne me semble souffrir aucune contestation !

Pour la personnalité brésilienne de l'année dans le domaine de l'économie, Istoé a choisi le ministre de l'Economie et des Finances Guido Mantega (photo ci-dessous à gauche). S'il a le mérite d'avoir plutôt bien conduit le pays sur le plan économique, dans la plus grave crise mondiale depuis 1929, et si son style naturel et tranquille tranche dans un paysage politique plutôt agité, il me semble que cumuler cette distinction avec celle de Lula met un peu trop l'éclairage sur les actions du gouvernement brésilien, aussi louables et bénéfiques soient-elles...De mon côté, j'aurais choisi sans conteste Abilio Diniz (photo ci-dessous à droite), le patron du 1er distributeur du pays, le groupe Pão de Açucar : il aura quand même réussi cette année le tour de force de racheter le numéro 1 de l'électroménager brésilien  Ponto Frio (le Darty brésilien donc), puis l'emblématique enseigne d'électronique et d'électroménager Casas Bahia, créant au final un groupe de distribution ultra-puissant, avec 137.000 salariés (1er employeur privé du Brésil), 1800 magasins et 45 milliards de reals (18 milliards d'euros) de chiffres d'affaires ! C'est lui véritablement le brésilien de l'année en matière économique !







 








Le sportif brésilien de l'année pour Istoé est pour le coup incontestable et incontournable : il s'agit de Cesar Cielo (photo ci-contre), double champion du monde du 50m et du 100m nage-libre ! Il aura ainsi confirmé avec éclat son titre olympique de Pékin sur la plus courte des deux distances, et il aura également conquis son titre sur la distance reine en battant et notre Alain Bernard national, et le record du monde du 100m, nageant les deux longueurs en 46'91" ! Incontestable, on vous dit !



Enfin, la distinction dans la catégorie Culture est allée au réalisateur de cinéma (mais aussi de télévision) Daniel Filho, qui a établi cette année, avec sa comédie loufoque "Se eu fosse você 2" ("Si j'étais toi 2", affiche ci-contre), le record d'entrées du cinéma brésilien, avec plus de 6 millions de spectateurs qui se sont pressés dans les salles sombres pour rigoler un franc bon coup ! On aurait également pu attribué le prix au romancier et chanteur Chico Buarque, qui avec son excellent dernier roman "Leite Derramado" ("Lait renversé") a trusté longtemps la première place des meilleures ventes de livres du pays. Mais le choix de Daniel Filho ne prête pas trop à discussion...


Ici, sur le site d'Istoé, quelques images de la soirée célébrant ces brésiliens de l'année 2009 !

24 novembre 2009

Les hauts et les bas des indicateurs socio-économiques de Rio

Excellent papier ce lundi dans O Globo, avec le compte-rendu d'une étude inédite produite à partir des données de la PNAD (l'équivalent de notre CREDOC), et qui met en perspective les indicateurs socio-économiques clés de l'Etat de Rio (le 3ème plus peuplé du pays) face aux chiffres-clés du pays.

Les résultats sont pour le moins contrastés en fonction des indicateurs, Rio brillant en matière de revenus et de niveau d'éducation, par exemple, mais étant à la traîne sur les sujets de la violence urbaine et de l'assainissement des eaux.

Ainsi, Rio est seulement le 18ème état du pays -sur 27- en matière de fournitures d'eau à domicile ("seulement" 89% des domiciles sont équipés d'arrivées d'eau), et est également loin en matière de collecte des déchets (au 15ème rang seulement, avec 90% des foyers faisant l'objet d'une collecte). Autre point noir, la mortalité, où Rio se situe au 25ème rang du pays, avec 7,35 décès pour 100.000 habitants, où le double effet violence urbaine et conditions sanitaires insuffisantes joue à plein...en négatif. Plus surprenant en revanche, Rio détient la couronne nationale du...plus faible taux de natalité du pays, avec seulement 1,54 enfants par femme, très en-deçà de la moyenne nationale (1,89 enfants en 2008 - moins que le taux de natalité français, à 2,02 enfants !), elle-même aujourd'hui insuffisante pour assurer le renouvellement des générations...

Il existe néanmoins des domaines ou Rio sur-performe vs le pays, et c'est heureux ! En matière d'éducation, Rio obtient ainsi la 2ème place pour ce qui est du pourcentage de population adulte avec plus de 11 ans d'études : cela concerne 44% des plus de 25 ans, contre 35% en moyenne pour l'ensemble du Brésil. Belle performance également pour ce qui concerne la richesse (ou la non-pauvreté, devrait-on plutôt dire), puisque Rio est le 5ème état le "moins pauvre", avec "seulement" 14% de ses foyers qui vivent avec moins de la moitié du salaire minimum (490 R$ par mois), contre une moyenne nationale s'établissant à 23%. Pas de quoi non plus festoyer démesurément...

Ci-dessous le tableau plus détaillé des indicateurs-clés tel que présenté dans le journal (merci O Globo ;)

Pour plus d'informations, vous trouverez ici l'étude complète (la fameuse PNAD), produite par l'IBGE, l'INSEE brésilien) - en portugais bien sûr ! :)

17 novembre 2009

Encore un record en octobre pour l'économie brésilienne !

Etonnante économie brésilienne ! Un mois après avoir annoncé le plus faible taux de chômage officiel depuis 2002, voici que l'on apprend aujourd'hui que le pays vient de vivre le meilleur mois de son histoire en matière de créations d'emploi ! Ainsi, poussé par le secteur industriel, le marché "formel" de l'emploi a enregistré en octobre 2009 un solde positif (soit la différence entre les nouveaux contrats et les licenciements) de plus de 230.000 postes, soit plus de 3 fois le solde du résultat d'octobre 2008. Autant dire que l'économie brésilienne est repartie pied au plancher, et ce dès le 2ème trimestre de cette année, laissant de côté les cassandres promettant des jours difficiles à ce futur géant (si ce n'est à ce géant -déjà- d'aujourd'hui). L'industrie donc, porte le marché de l'emploi, avec près de 75.000 emplois nets créés, suivis des services (70.000 postes), puis le commerce-distribution (68.000 emplois). Définitivement impressionnant...

23 octobre 2009

Chômage au Brésil : retour à la situation ante, déjà !

Il est pas content lui
Ce pays est quand même incroyable : 1 an seulement après le début de la grande crise horrible-financière-mondiale-machin, le taux de chômage relevé au mois de septembre 2009 au Brésil est retombé à son niveau d'avant la crise ! Le taux de chômage actuel et officiel s'établit ainsi à 7,7%, et c'est même le plus bas niveau relevé pour un mois de septembre depuis le début de la baisse historique, initiée en 2002.

Alors que dans notre vieille Europe la Crise (quel mot horrible, on prononcerait la Grande Peste que ça serait pareil) tétanise nos concitoyens, paralyse nos gouvernants, démoralise les travailleurs comme les chômeurs, ici le sentiment est que celle-ci semble loin derrière, qu'il faut aller de l'avant, que les projets ne manquent pas (Coupe du Monde de Football de 2014, JO de 2016...), et puis que dans le fond quand on a de quoi manger et qu'il fait suffisamment beau pour aller à la plage, que peut-on rêver de mieux ?

Cette insouciance est réjouissante sous bien des égards,  même si elle traduit une incapacité à se projeter dans l'avenir au-delà des...jours ou des semaines qui viennent ! Inoculons un peu de carpe diem et d'alegria do Brasil dans nos veines, ça ne pourra que nous destresser, voir la vie sous de meilleurs auspices et finalement nous rendre compte que nous avons (presque) tout pour être heureux, en tout cas, sur un plan matériel, beaucoup plus que l'immense majorité des brésiliens !

Viva a vida !

11 septembre 2009

Citroën et le Brésil c'est de l'amour !

Un petit clin d'oeil en direction de mon épouse Nathalie, j'apprends par l'excellente newsletter du jour du Petit Journal (le journal des français et francophones à l'étranger, comme il se décrit lui-même parfaitement) que Citroën donc, surfant sur la vague de l'Année de la France au Brésil, lance une C3 série spéciale pour commémorer l'évènement (photo du modèle ci-contre. Parabens, donc, en espérant que cette série très limitée (en vente uniquement jusqu'à la fin du mois de septembre) boostera encorer plus les ventes de Citroën au Brésil, ventes qui au demeurant et selon mes informations privées seraient plutôt assez florissantes !

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...