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29 janvier 2012

Les brésiliens de l'année 2011, par le newsmagazine Istoé

Et voilà. J'ai laissé passer la fin de l'année 2011 sans publier mon traditionnel billet sur les brésiliens de l'année, vus par les médias (Istoé, déjà, l'excellent news, en 2009, ou Epoca, son concurrent du groupe Globo, en 2010). Qu'à cela ne tienne, comme je sais (les statistiques ne mentent pas :) qu'il s'agit des posts parmi les plus lus par mes aimables visiteurs, je me résous, même avec un honteux atrasão (gros retard), à vous faire part des citoyens brésiliens que Istoé a honorés pour leur remarquable (?) action en 2011.



# Le Grand Prix, toutes catégories confondues : 
En 2009, c'était l'ex-président Lula qui était distingué. Sans surprise (sans originalité ?), c'est Dilma Rousseff, l'actuelle "tenancière" du Planalto, qui est consacrée. Il faut dire qu'avec un taux d'approbation record de 71% des brésiliens après un an de mandat (plus que les 69% du second mandat de Lula), l'ancienne pasionaria d'extrême-gauche devenue la première femme à présider notre beau Brésil dépasse les plus folles espérances de son mentor-créateur, Lula himself, en matière de gestion de l'héritage luliste. Pourtant, force est de constater que l'année 2011 n'a pas été révolutionnaire en matière de réformes et de décisions politiques, Dilma se chargeant d'assurer les fondamentaux (contrôle de l'inflation et des taux d'intérêts, principalement)...tout en se séparant tout de même de 7 de ses ministres (pour corruption, trafic d'influence, etc...) ! Et si c'était le facteur principal d'une telle popularité ?...

Dilma, plus forte que Lula ?

# Homme politique de l'année :
"Je ne suis ni de droite, ni de gauche, ni du centre, mais de tous ces bords à la fois". C'est l'auteur de cette phrase somme toute mémorable qui a été choisi par Istoé comme politicien brésilien de l'année, je veux parler de Gilberto Kassab, l'actuel maire de São Paulo et président du tout nouveau parti (de gauche-centre-droit donc) qu'il a lui-même fondé à la fin de 2010, le Parti Social-Démocrate (le PSD, tout un programme, donc). De fil en aiguille, et grâce à l'habileté toute politicienne de ce fils d'immigrés libanais, qui a su débaucher nombre de parlementaires, le petit PSD est devenu grand : il est aujourd'hui le 3ème parti représenté au congrès (derrière le PT de Lula / Dilma et le PSDB de José Serra), et est parvenu à attirer dans ses rets des personnalités honorables et populaires, tel l'ancien président de la Banque Centrale brésilienne, Henrique Mereilles. Tout ceci ne fait ni un succès électoral, ni ne garantit un futur doré à l'homme dont le goitre promet déjà de rivaliser avec notre Edouard B. national, mais il lui assure déjà une position enviable sur la scène politique brésilienne.

Ni de droite, ni de gauche, bien au contraire ?

# Prix de la "citoyenneté" :
Un titre étrange que voilà. Mais attribué à une personnalité incontestablement "star" de 2011, en l'occurence le Secrétaire à la Sécurité de l'Etat de Rio, le gaucho-carioca (il est originaire du Rio Grande do Sul, dans le sud du pays) José Mariano Beltrame. Son fait de gloire : être le grand concepteur-ordonnateur des fameuses UPP, ces Unités de Police Pacificatrice qui ont pour rôle d'assurer durablement la sécurité dans les communautés de Rio, jusqu'alors livrés à la guerre des gangs et aux trafics en tout genre. Malgré quelques couacs (comme l'arrestation en septembre 2011 du commandant de l'UPP de Santa Teresa, accusé de corruption et de détournement d'argent), force est de constater que cette stratégie a profondément modifié le quotidien des dizaines de milliers (voire centaines de milliers aujourd'hui, avec les "pacifications" récentes et rondement menées des grandes favelas, Rocinha et Vidigal) d'habitants des quartiers déshérités de la mégapole fluminense, leur assurant en premier lieu un droit fondamental, la sécurité, ou la garantie de ne pas sortir de chez soi et de prendre une balle perdue. Ce faisant, Beltrame a acquis aujourd'hui un incroyable statut d'intouchable, voire de rock-star (samba-star ?) auprès des cariocas, tant et si bien que nombreux sont ceux qui pensent qu'il a le profil idéal pour être le prochain gouverneur de l'Etat de Rio. Rendez-vous en 2014 pour valider cela !

Super Mari(an)o

# Homme de culture de l'année :
Antonio Candido de Mello e Souza, le grand intellectuel, essayiste et homme de lettres carioca (il est né à Rio de Janeiro en 1918) est distingué par Istoé dans le domaines des arts et de la culture. Moins pour son actualité en 2011 (il n'a pas été particulièrement productif cette année, à 93 ans révolus) que pour récompenser l'ensemble de sa brillante oeuvre, dont le clou est certainement cette "Formation de la Littérature Brésilienne", écrite en 1959, et qui doit être le livre de chevet de tout étudiant (brésilien) en lettres qui se respecte.

Antonio et ses livres

# Sportif de l'année :
Coup de tonnerre dans le landerneau sportif do Brasil : ce n'est pas un footballeur qui a été élu cette année ! Mais malgré cela personne ne contestera la pertinence du choix du newsmagazine, tant Anderson Silva, 36 ans, le (multi) champion actuel, catégories poids moyens, de l'UFC (Ultimate Fighting Championship, cette discipline de lutte free-style et hyper-violente qui passionne les brésiliens) a occupé l'espace médiatique tout au long de l'année 2011, le tout culminant le 27 août dernier à Rio, avec la 134ème édition de l'UFC, durant laquelle Anderson "The Spider" Silva a défoncé (passez-moi l'expression) le pauvre japonais Yushi Okami. La vidéo ci-dessous en apporte la plus parfaite démonstration (âmes sensibles s'abstenir) :


Bon, personnellement, je préfère un bon vieux clasico Flamengo-Corinthians (Anderson Silva est d'ailleurs un Corintiano doente, soit un supporter fanatique du club paulista, champion en titre du Brasileirão), mais il faut avouer que le spectacle est impressionnant, à défaut de faire appel aux instincts les plus nobles de la race humaine...

Rendez-vous début 2013 pour partager sur les Brésiliens de l'année 2012 !

03 septembre 2011

Pollution, le drame carioca

Si Rio est une ville d'une beauté fascinante, et qu'elle ne vole en rien son appellation de Cidade Maravilhosa, elle est malheureusement -et très régulièrement- maltraitée par ses habitants, et ce depuis des décennies. La croissance effrénée de la ville dans la deuxième moitié du XXème siècle, ajoutée à l'incurie des pouvoirs publics incapables d'investir durablement dans l'assainissement des eaux usées et le traitement des déchets font qu'encore aujourd'hui moins de la moitié des domiciles de l'Etat de Rio disposent du tout à l'égout (selon une étude de l'IBGE -l'INSEE brésilien- parue en 2008). J'ai ainsi pu déjà partager avec vous ma consternation devant le cloaque immonde qu'est devenue la baie de Guanabara, dans laquelle se déverse quantités de rivières polluées, charriant avec elles, dans un rythme effréné et effrayant, plus de 20.000 litres de déchets...par seconde ! Et je vous ai également parlé du fait que la pollution va jusqu'à envahir le sable des plages : les déchets ménagers ne sont ici plus en cause, c'est plus nos "amis" les bêtes et leurs matières fécales qu'il faut incriminer, mais aussi le jeito (style) tout carioca de répandre allègrement ses détritus sur la plage, au mépris du respect de l'environnement et des ses congénères plaisanciers.

Et voilà que je découvre, consterné (de nouveau), dans le Globo du jour (celui d'hier, pour être tout à fait honnête), deux photos des nouveaux dommages que l'homme, dans sa folie coutumière, fait subir à l'environnement dans les très proches environs de la ville de Rio.


Il est commun de penser que le très coté Barra da Tijuca, le quartier des nouveaux riches cariocas, est protégé des dommages environnementaux, de part son relatif éloignement avec la baie de Guanabara, mère de toutes les pollutions (du moins l'imaginait-on). A la vue de la photo ci-dessus, les baigneurs, surfeurs et kiteurs de la plage de Pépé, ou de celle, voisine, de Joatinga, vont devoir ranger sungas (les maillots échancrés typiquement caricoas) et autres planches en tout genre : cette gigantesque tâche noire qui s'écoule depuis le canal de Joatinga est de l'égout, et rien d'autre. Elle est la triste résultante de l'extrême pollution qui règne dans les lacs de Tijuca, Jacarepagua et Marapendi, pourtant préservés d'une quelconque atteinte à leur propreté jusqu'au début des années 80. L'urbanisation à marche forcée, la cupidité des promoteurs locaux et l'aveuglement des pouvoirs publics (stimulé il est vrai par les multiples propinas -dessous de table- dont ils ont bénéficié) ont fait de ce coin de paradis une plage impropre à la baignade toute l'année durant.


De l'autre côté de la baie de Guanabara, c'est Niteroi, une ville moderne de quelques 500.000 âmes, moderne et sans cachet particulier, célèbre avant tout pour son Musée d'Art Contemporain, conçu par le toujours vert Oscar Niemeyer (qui va quand même sur ses 104 ans cette année !). Depuis le centre de Niteroi courent quelques cours d'eau, ou ce qu'il en reste, en direction des plages (dont quelques-unes superbes) du nord de la ville, ou vers la fameuse baie de Guanabara, au sud. La photo ci-dessus montre que l'eau de la rivière a bien du mal à se frayer un chemin, entre pneus usagés, sacs plastiques, canettes et autres parapluies (!). L'odeur fétide et la vision dantesque incommodent tout un quartier, sans que cela ne semble émouvoir plus que cela la préfecture de la ville -il faut dire bien peu aidée par les très mauvaises habitudes prises par les habitants de balancer à peu près tout à peu près n'importe où...

Les brésiliens, et les cariocas en particulier, ont hérité de Mère Nature d'un trésor prodigieux. Il serait bon, pour leur propre salut et celui de l'humanité tout entière ("Amazonie, poumon vert...") qu'ils songent à le préserver un peu (voire beaucoup) mieux.

05 août 2011

Concert de l'Octopus Brass Band, en soutien à Terr'Ativa

Je vous ai déjà entretenu voici quelques semaines du travail remarquable qu'effectue l'ONG franco-brésilienne Terr'Ativa au service des enfants (et des parents) de la communauté du morro do Fuba, dans le quartier de Cascadura, à Rio, dans des conditions difficiles (peu de moyens, un quartier encore non pacifié -en témoignent les récentes escarmouches entre les traficants et la milice, qui domine le morro), sans oublier le drame qu'a vécu l'organisation en février 2007 avec le lâche assassinat de trois de leurs membres, dont la fondatrice de l'ONG, Delphine Douyère.



Terr'Ativa est parvenue à surmonter ces difficultés et fête aujourd'hui ses douze ans d'existence à Rio. Pour fêter dignement cet anniversaire, un concert exceptionnel de la fanfare française Octopus Brass Band (qui appartient au réseau "Fanfares sans frontières") sera donné ce mardi 9 août à 19h00 au sein du Théâtre de la Maison de France (PSA Peugeot-Citroën, permettez ! ;), avec les participations spéciales du sambista Aleh Ferreira, de l'Orquestra Voadora et de nombreux enfants du Morro do Fuba !

Ci-dessous un petit extrait du concert de rue de l'Octopus Brass Band dans les rues de Lapa voici quelques jours !


L'intégralité de la recette sera reversée à Terr'Ativa, pour poursuivre et intensifier ses actions en faveur de la communauté de Fuba. Venez donc nombreux à l'évènement !


# TEATRO MAISON DE FRANCE :  Avenida Presidente Antonio Carlos, 58 - Castelo / Centro – Rio de Janeiro
- Prix des billets en achat anticipé : 30 R$ 
par téléphone au (21) 4003-2330 ou à la billetterie du théâtre tous les jours de 14h00 à 19h00; 50 R$ sur le site Ingresso.com
- Prix des billets le jour du concert : 50 R$. 

01 août 2011

Coupe du Monde 2014 : ça sent le pâté...

A un peu plus de 1000 jours du début de la XXème Coupe du Monde de Football de l'Histoire, qui aura lieu dans le pays 5 fois champion du monde de ce noble (?) sport, en l'occurence le Brésil, le tableau que l'on peut dresser des préparatifs de celle-ci est des plus sombres...

En voici la preuve en 4 points :

# Les stades sont à des années-lumière d'être prêts à accueillir la compétition :  sur les 12 arènes qui doivent accueillir la Coupe en 2014, seuls trois d'entre elles respectent le calendrier initial des travaux qui leur avait été imparti. Plusieurs ont vu leurs travaux être repoussés (ou même interrompus, dans le cas du stade de Porto Alegre) pour des recours en justice liés à d'appel d'offres pas toujours transparents, et trois d'entre eux (les stades de Natal, de Curitiba et de São Paulo) en sont encore seulement au stade de projet, ou quasi, près de quatre ans (!) après la décision de la FIFA d'attribuer la Coupe du Monde au Brésil. La situation à São Paulo est la plus ubuesque, où, après de nombreuses tergiversations et interventions politiques (dont celle, décisive, de l'ex-président -et corintiano- Lula), il a décidé de ne pas réformer le pourtant très beau stade du Morumbi, pour environ 200 millions de reais, mais de construire ex-nihilo une nouvelle arène dans le quartier paumé d'Itaquera, qui deviendra le stade résident des Corinthians, le tout pour la modique somme de...1 milliard de reais (financé à 80% par des fonds publics, cela va sans dire) !

Les stades et les villes en 2014 (cliquer pour agrandir)

# Les infrastructures de transports sont encore très sous-dimensionnées : si l'état d'avancement des stades inquiète jusqu'au plus ardent des supporters de la Seleção, que dire des transports, et en particulier des aéroports, qui, dans 8 villes d'accueil sur 12, fonctionnent déjà bien au-delà de leur capacité théorique -il en résulte de nombreux retards, en particulier aux aéroports -saturés- de Guarulhos (São Paulo) et Galeão (Rio de Janeiro). Les travaux d'extension prennent un temps fou, à telle enseigne que la présidente Dilma elle-même a convoqué voici un mois une réunion interministérielle spécialement dédiée au sujet, où il a été décidé de privatiser la gestion des trois plus importants aéroports du pays (les deux premiers cités, et celui de Brasilia), dans l'espoir d'agréger de nouvelles ressources et d'accélérer le processus de réformes. Une autre crainte (plus que fondée dans le cas de la ville de Rio) est l'insuffisance des transports urbains dans de nombreuses villes, et quasiment rien n'a été entrepris pour l'instant pour améliorer la situation. Les supporters en 2014 devront sans aucun doute s'armer de la plus grande des patiences...

Files d'attente a l'aéroport de Guarulhos (SP) : vous avez dit bazar ? ;)

# La CBF et son président Ricardo Teixeira sont très contestés : la CBF, c'est la Confédération Brésilienne de Football, l'équivalent de la FFF. Ricardo Teixeira, c'est son tout-puissant et polémique président, et ce depuis...1989, sans discontinuer ! Cette hégémonie à la tête du sport national lui a permis de se construire un réseau politico-économique de premier ordre, lui donnant un statut de quasi intouchable dans le pays, et ce malgré les innombrables malversations dont il aurait été l'auteur tout au long de son règne à la tête de la CBF. Chose hallucinante, il est même parvenu à faire du Comité Local d'Organisation de la Coupe du Monde (le COL) une société dont il est le seul actionnaire physique, et pourrait ainsi en pratique empocher personnellement l'intégralité des bénéfices que générera le COL ! Face à de telles pratiques, les amateurs de football (et les autres) se révoltent enfin : un Front National des Supporters s'est constitué, et mène actuellement une campagne intense (plus de 300.000 tweets en une semaine du hashtag #ForaRicardoTeixeira sur Twitter, par exemple) pour discréditer Teixeira, et demander aux députés d'ouvrir une enquête sur les pratiques de la CBF. Je doute que cela soit suffisant pour débouler celui qui vient, dans une subtile pirouette, de traiter les médias anglais de "corrompus" (en référence à l'attribution polémique de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, où les anglais ont pourtant été superbement floués par la FIFA -dont Teixeira est un éminent représentant), malgré les nombreuses inimitiés qu'il s'est créées (au hasard au Brésil Pelé, Romario, Ronaldo...). Quoi qu'il en soit, ambiance très pesante...

Teixeira en dictateur jouant avec les bénéfices du COL...

# La Seleção est aux abonnés absents : peut-être finalement la pire des nouvelles pour les 190 millions de torcedores (supporters) brésiliens, l'équipe nationale vit l'une des pires phases de son histoire : après l'ère Dunga qui s'est soldée par un retentissant échec au Mondial 2010 (et une élimination en 1/4 de finales par les Pays-Bas), l'espoir était revenu avec la nomination d'un entraîneur porté vers l'offensive (Mano Menezes) et l'éclosion de jeunes pépites telles Neymar ou Ganso. Mais la Copa America 2011, qui vient de s'achever sur la piteuse élimination du Brésil, de nouveau en 1/4 de finales face au modeste Paraguay, a douché les espoirs des plus fervents supporters : absence de fonds de jeu, niveau technique indigne de la Seleção, prétendus leaders -Julio Cesar, Lucio, Elano...- en méforme, choix tactiques contestés, le tableau est très sombre pour le Pentacampeão, tellement sombre que l'immense majorité des brésiliens, récemment interrogés par le newsmagazine Veja, parient sur un autre vainqueur que le pays-hôte en 2014 (à 83% !). Comment dans ces conditions laver l'affront subi en 1950, lorsqu'en plein Maracanã, le petit Uruguay battit à la surprise générale le Brésil en finale de la première Coupe du Monde jouée sur la terre de Pelé ?

Neymar : c'est la coupe le problème ? 

Bien sûr, il reste encore trois ans pleins au Brésil pour faire de "leur" Coupe du Monde une gigantesque fête réussie, mais il ne va pas falloir trop lambiner en cours de route maintenant : le compte à rebours est lancé, et il ne faudrait pas que les mauvaise augures qui tournoient autour de l'embryon "Copa do Mundo 2014" accouchent d'un bébé en phase avec les prémonitions pessimistes de la grande majorité de la population : toujours selon Veja, la Coupe du Monde rime plus pour l'instant avec "corruption" et "mauvaise image" qu'avec "football champagne" !

31 juillet 2011

Infographie : les différentes vues du Brésil

Au hasard de mes balades sur Internet, j'ai découvert, sur la version brésilienne de l'excellent site ReadWriteWeb, l'infographie suivante, qui revisite la géographie des 26 états du Brésil (et du District Fédéral, ie la capitale Brasilia) en fonction du poids relatif de chacun d'entre eux sur différents critères socio-économiques clés.



Les 26 états sont structurés en 5 grandes régions administratives :
- Norte (en tons verts)
- Nordeste (rose)
- Centro-Oeste (rouge)
- Sudeste (jaune)
- Sul (bleu)

Où l'on voit :
# La surpondération du Nordeste pour ce qui concerne la densité de population, le nombre d'enfants...mais aussi malheureusement la mortalité infantile ;
# Le poids considérable de la région Sudeste (qui compte les trois états les plus peuplés et les plus riches -Minas Gerais, São Paulo et Rio de Janeiro- du pays) dans l'économie du pays (PIB, nombre de voitures)
# Le très faible impact socio-économique de la région Norte (et de ses deux états phares, l'Amazonas et le Para) : peu d'habitants, peu d'enfants, pas de voitures, peu de revenus...mais l'Amazonie, le fameux poumon de la planète !

Intéressant, non ?

02 juillet 2011

Les 10 plus laids (et les plus beaux) monuments architecturaux de Rio !

Que Rio soit une ville absolument fantastique pour ce qui concerne son site naturel ("abençoado por Deus", disent les brésiliens, traduire "béni des dieux"), c'est un point sur lequel tout le monde s'accorde. Le grand écrivain autrichien Stefan Zweig, qui finira sa vie entre Rio et Petropolis, n'est pas le moindre de ses admirateurs, lorsqu'il écrit que "Il n'y a pas de ville plus belle au monde, et aucune n'est aussi inépuisable et inextricable...La mer a formé des zigzags étranges de ses côtes et la montagne a dressé des écrans prodigieux...Partout où se pose le regard à Rio, il est émerveillé." 


Rio de Janeiro, côté pile...

En revanche, la question du legs de l'homme en matière architecturale dans notre Cidade Maravilhosa est pour le moins...contestée. Entres immeubles d'habitation hideux construits à la va-vite, en particulier lors de la décennie d'or de Copacabana (les années 1960), édifices publics au style éminemment douteux (que dire par exemple de la tour Correios qui défigure -c'est vrai que ce n'est pas la seule...- la plus grande avenue de la ville, la Presidente Vargas ?), ou immeubles de bureaux laids et sans aucune cohérence stylistique (voir par exemple les quelques barres atroces qui polluent les alentours de la Praça Maua), force est de constater que les architectes cariocas n'ont pas fait preuve au cours des décennies passées d'une grande inspiration !

...et côté face, l'hideuse Praça Maua

Pour évaluer l'étendue des dégâts, le supplément carioca de l'excellent newsmagazine Veja (qui répond logiquement au doux nom de Veja Rio) a ainsi demandé à trente architectes de la ville (exercice expiatoire s'il en est ;) d'établir la liste des 10 monuments les plus laids de Rio. Le résultat de l'enquête, accessible ici, présente en effet quelques spécimens particulièrement redoutables de mochetés architecturales, mais met au pilori d'autres constructions qui selon moi ne font pas partie des "horreurs" en béton de la ville. Ainsi s'il n'est pas difficile de détester le New York City Center -et sa grotesque réplique de la Statue de la Liberté, cet immense shopping mall qui trône sur la fameuse Avenida das Americas, à Barra da Tijuca, ou si l'on ne peut être qu'en phase au moment de vouer aux gémonies la Catedrala Municipal et sa forme pataude de Flanby géant retourné, on pourra contester la présence dans ce flop 10 du Sambodrome, qui a le mérite d'être esthétiquement cohérent et très fonctionnel, ou encore de la Cité de la Musique, dessinée par l'architecte français Christian de Portzamparc, aux lignes aériennes plutôt réussies...ouvrage qui plus est n'est même pas encore terminé !

New York City Center, ouh que c'est laid ! 
Catedrala Municipal, pourtant très majestueuse à l'intérieur...

Le Sambodrome...bon ok c'est en plein défilé, ça valorise le béton...
La Cidade da Musica, moi, j'aime bien...

Et puis tout de même, il existe également quelques bâtiments plutôt réussis à Rio ! Veja Rio offre ainsi le contrepied aux quelques horreurs décrites ci-dessus (tiens il y a aussi le sinistre obélisque -qui a depuis perdu sa passerelle- qui trône au bout d'Ipanema, et mérite sans conteste sa place dans ce top de la laideur) en proposant un classement des oeuvres architecturales les plus réussies de la ville, et ça se passe ici. Là encore, de mon modeste point de vue, le résultat est assez contestable : autant on peut s'accorder sur la beauté du Théâtre Municipal, récemment rénové, la magnificence du Copacabana Palace ou l'élégance des Arches de Lapa, autant s'extasier sur le quelconque Parque Guinle ou promouvoir l'esthétique très ringarde de l'Edificio Biarritz ne me semble pas faire trop de sens...

Le Théâtre Municipal, très inspiré...de l'Opéra Garnier
Superbe Copacabana Palace
Les Arches de Lapa...sans le fameux "bonde"
Parque Guinle, ouais, un parc quoi...
Immeuble Biarritz, sur Flamengo : art-déco, so what ?

Qu'en dites-vous ? Quels sont pour vous les plus belles réussites et les plus gros échecs de Rio de Janeiro en matière architecturale ?


26 mai 2011

Pauvreté et inégalités sociales au Brésil : des progrès, mais le chemin est encore long...

"Brazil takes off" (The Economist, décembre 2009), "Brésil : le nouvel Eldorado" (Le Point, mai 2010), "Brésil, un géant s'impose" (Le Monde 2, novembre 2010)...A écouter ou lire les médias, on a l'impression que le Brésil, tout à sa croissance débridée (encore 7,5% en 2010), est enfin rentré dans la cour des grands, dans ce Primeiro Mundo (le Premier Monde, c'est ainsi que les brésiliens définissent les traditionnelles économies occidentales développées) regardé depuis toujours par les brésiliens eux-mêmes avec déférence et envie... 
Cependant, deux études parues de manière quasi concomitante, au début de ce mois de mai, viennent altérer ce tableau idyllique d'une nation, qui, si elle a accompli depuis une dizaine d'années des progrès indéniables en matière de développement économique et de création de richesses, n'en reste pas moins un pays où les inégalités sociales sont criantes et où l'extrême pauvreté est loin d'être éradiquée. 

Le nouvel Eldorado, vraiment ? 

# Un niveau d'inégalités sociales encore insupportable :

L'institut d'études de la Fundação Getulio Vargas (FGV) a publié voici quelques semaines un rapport intitulé "Inégalités et revenus durant la décennie 2000-2010", qui établit que le fameux indice de Gini (coefficient qui mesure le degré d'inégalité dans la répartition des revenus d'un pays) du Brésil n'a fait que chuter (plus celui-ci tend vers 0, plus le pays est égalitaire) sur 10 ans, passant de 0,61 à désormais 0,53. Le chiffre les plus parlant est celui-ci : le revenu moyen hors inflation de la tranche des 20% des brésiliens des plus pauvres a augmenté de 50%, quand celui des 20% les plus riches n'a augmenté que de 9%. C'est évidemment une formidable avancée, qu'il ne faut pas minimiser. 
Le bémol, c'est que malgré cette forte réduction des disparités salariales, le Brésil reste l'un des pays les plus inégalitaires au monde (85ème sur les 100 listés par l'étude), et qu'il faudra du temps, beaucoup de temps (si cette tendance de la baisse des inégalités se confirme) pour rejoindre les standards du "Premier Monde" (l'indice de Gini moyen de l'Union Européenne est de...0,29). De surcroît, l'inégalité est encore moins supportable dans un pays qui n'a pas atteint, loin s'en faut, le niveau de revenu moyen que l'on connait en Europe : ainsi, le PIB moyen par habitant au Brésil s'établit à 10.500 $ pour 2010, ce qui le placerait...en dernière position de l'Union Européenne, derrière la Bulgarie (12.600 $) et la Roumanie (11.500 $), et loin de la moyenne de notre Europe à 27 (à 33.700 $).  
Que faut-il faire pour réduire encore le différentiel de revenus ? La croissance économique et le partage des fruits de celle-ci doivent bien entendu se poursuivre, mais cela ne suffira pas : il faut que l'Etat fédéral se charge de réformer en profondeur la fiscalité des revenus et du patrimoine, en particulier en décidant enfin de relever le seuil scandaleusement bas de l'impôt direct sur le revenu (le palier supérieur se situe à un tout petit 27%...). Pour être accepté, cette indispensable réforme doit s'accompagner d'une politique impitoyable de chasse au gaspillage de l'argent public...et à la corruption, encore endémique au Brésil, comme le démontrent les nombreux scandales qui continuent d'émailler la scène politico-économique du pays. 


# Une extrême pauvreté encore beaucoup trop présente :  

C'est LA promesse majeure de campagne de Dilma Rousseff, la présidente fraîchement élue : en finir avec l'extrême pauvreté au Brésil, composée des personnes vivant avec moins de 1 € par jour (environ 70 R$ par mois), à telle enseigne que le slogan qu'utilise le gouvernement dans ses nombreuses campagnes de communication est devenu "Le Brésil : un pays riche et sans misère". S'appuyant sur les données issues de l'Institut Brésilien de la Géographie et des Statistiques, l'IBGE (l'équivalent de notre INSEE), le Ministère du Développement Social a divulgué début mai le nombre de brésiliens considérés comme "miséreux", et le chiffre est effrayant : plus de 16 millions des concitoyens de Dilma vivent avec moins de 70 R$ par mois, soit l'équivalent de la population des Pays-Bas ! Cette extrême pauvreté, trop souvent oubliée par les médias internationaux, est majoritairement présente dans le Nord-Est du pays (60% des miséreux y résident), et touchent bien plus les noirs et métis (62% des très pauvres) que les blancs ("seulement" 26%). 

Gameleira, dans le Pernambuco :
l'un des Etats les plus pauvres du Brésil

Il est une conséquence dramatique de l'imagerie "eldoradienne" que l'on donne aujourd'hui du Brésil : les dons aux ONG locales ont chuté dans des proportions considérables, de plus de moitié en 5 ans pour certaines d'entre elles, remettant en cause la survie de nombreux programmes dans les quartiers déshérités des grandes villes ou dans les régions pauvres du pays.
Le gouvernement promet néanmoins d'éradiquer ce fléau endémique d'ici à la fin du mandat de Dilma, en 2014, en fournissant, à travers le programme -encore en gestation- "Le Brésil sans misère", un complément de revenu à ces familles déshéritées, et en leur donnant un meilleur accès aux "services sociaux basiques", tels les soins de première nécessité. Souhaitons que ce programme parvienne à ses fins ! Dans l'intervalle, n'oubliez pas la masse considérable des brésiliens qui passent à côté du miracle économique que l'on fait miroiter sans cesse à nos âmes crédules, et soyez partageurs, par exemple avec l'ONG Terr'Ativa, que j'ai visitée le mois dernier dans la Zona Norte de Rio, et qui effectue un travail difficile et remarquable loin des projecteurs. 

07 avril 2011

"Rio", le film : la meilleure campagne touristique de l'histoire de Hollywood !

Oui, je sais, vous allez me dire : au vu de la déferlante médiatique qui s'abat des deux côtés de l'Atlantique à propos de "Rio", le film d'animation qui relate la découverte de notre Cidade Maravilhosa par Blu, un beau perroquet bleu qui ne sait pas voler, quelle peut être la justification de produire encore un nouvel article sur ce joli produit du 7ème art qui promet de concurrencer très sérieusement le "Tropa de Elite 2" et ses 11 millions d'entrées (record national) dans notre beau Brasil ?
Eh bien, simplement vous faire partager l'excellentissime chronique de Joaquim Ferreira Dos Santos, l'éditorialiste culturel du quotidien "O Globo" (voir ici le dossier spécial "Rio" du Globo Online), parue en début de semaine sur l'évènement cinématographique de cet automne carioca, et qui décrit à merveille, et avec une certaine causticité, le changement de perception sur Rio-la-ville que le monde entier va expérimenter grâce à cet opus animé de 90 mn, qui fera plus pour la réhabilitation de la cité carioca que mille campagnes promotionnelles de son Office du Tourisme !


Je vous laisse avec Joaquim, donc...
"Vous êtes prêts ? Après 'Rio', innombrables sont ceux qui vont vouloir connaître le 'peuple le plus heureux au monde' !...Il y avait déjà la perspective d'organiser la plus belle des Coupes du Monde de Football, la responsabilité de fasciner le monde avec le show d'ouverture des Jeux Olympiques, et voilà  que surgit maintenant le défi de rendre réelle une ville de dessin animé, la scène en 3D du peuple le plus heureux au monde, où les perroquets tombent amoureux et assurent la descendance des l'un des plus belles espèces du monde animal. Voici qu'arrive donc, avec ce joli film de Carlos Saldanha (le réalisateur -carioca- de 'L'Age de Glace'...et donc de 'Rio', ndlr) la plus grande publicité touristique qu'une ville n'a jamais eu d'Hollywood. Rien ni personne (même avec l'aide de l'eau de coco ou des Biscuits Globo !) ne parvient à être si spectaculaire dans la vie réelle.
Rio jusqu'à hier était la ville de la fin du monde, le lieu où les bandits venaient dépenser leur argent gagné salement, une civilisation régie par l'absence de lois -que l'on expliquait paresseusement par le fait qu'il n'existait pas de péché possible en dessous de l'Equateur. C'était le flying down de Rio, le lieu où personne-ne-venait, le repaire d'anciens nazis, le sexe cheap, la ville où tout part à vau-l'eau. Le cauchemar où les Simpsons devaient lutter contre les serpents en pleine rue. L'on trouvait ici la forêt inhospitalière, les décharges à ciel ouvert, les coliformes fécaux sur la plage, on kidnappait l'ambassadeur des Etats-Unis. Les touristes qui venaient ne pouvaient pas se plaindre de ne pas avoir été prévenus : les favelas criminelles étaient présentes dans tous les films.




Désormais, on fait de Rio la Terre Promise -et le carioca n'a pas encore entendu le message venant de ses pairs internationaux seulement à cause de la mauvaise réception sur son cellulaire...Personne n'a encore passé de la cire sur les meubles que déjà les visiteurs arrivent. Ils espèrent rencontrer le peuple le plus heureux de la terre, entamant des pas de samba avec classe tout en donnant des informations précises sur les meilleures soirées de Lapa. Vive les rodas de samba, l'açai et le frescobol au bord de l'eau !
'Rio', le film, entame sa tournée triomphale à travers le monde en cette fin de semaine et renforce encore plus le sentiment mondial et récent qu'il s'agit bien de la ville où il faut être lors de cette décennie. Ainsi, sans que les rues n'aient besoin de voir leurs chaussées refaites, et les hommes locaux éduqués au fait que cela ne se fait pas d'ouvrir sa braguette en public, Rio vient de se voir décerner par le Wallpaper le titre de ville la plus fascinante. Le métro n'a que quelques stations, mais les gays s'en fichent bien. Les aéroports sont préhistoriques, mais les jeunes remplissent les auberges d'Ipanema.
Rio de Janeiro est maintenant une ville entourée de toutes parts par des araras bleus, et le monde, enthousiasmé par un film qui traite de l'expérience d'un homme qui souhaite vivre en harmonie avec la nature, va vêtir des millions de bermudas à fleur pour combler sa curiosité.




Jusqu'alors, Rio était synonyme de fin du monde, voilà que la ville est devenue en deux temps trois mouvements le meilleur endroit de la terre. 'Cidade de Deus', l'ultime oeuvre cinématographique que la planète a reçue sur la vie ici, est oublié. C'était le royaume des gangs jusqu'à la nuit dernière, les blocos amusants du Carnaval ont pris le pouvoir ce matin. Tout cet espoir né à l'international, de fuir les problèmes que l'on a chez soi et d'être heureux ici, est finalement une petite chose. Venez-donc ! Le problème, c'est que la nature est prête, mais il va falloir transiger avec les acteurs locaux, les conducteurs de taxi (ceci dit, qui restent mille fois plus sympas que leurs homologues parisiens, ndlr :), les garçons de café (même topo, ndlr), les urineurs de rue, les livreurs de pharmacie ou les petits voleurs à la tirée.
Avec ce 'Rio' sur toile, les hordes de touristes vont déferler sur la ville à la recherche d'un merveilleux sandwich au feijão, mais au moment de rentrer dans leurs pénates, ils seront bien ennuyés avec ces conducteurs de bus roulant à des allures folles, avec ces ados qui s'amusent à la balle à chaque feu rouge en quête de quelques centavos, le tout sans un réseau de transport "civilisé", et des bouchons à n'en plus finir.
Le cinéma carioca est beau, personne ne le conteste, mais, même avec force caipirinhas et autres cavaquinhos, il va falloir quand même penser à demander à un officiel de veiller à ce que tout le monde reste civilisé et d'indiquer les meilleurs endroits pour le public raffiné qui va venir nous rendre visite."

"Rio", le film, sortie nationale au Brésil ce vendredi 8 avril. En France, il faudra patienter (un peu) jusqu'à mercredi prochain, le 13 !
Et allez, les deux premières minutes du film, pour se faire plaisir ! Sambaaaaaaaaaaaaaa !!

04 avril 2011

Terr'Ativa, une ONG remarquable au Morro do Fuba

Lorsque l'on évoque Rio, on pense bien entendu immédiatement aux paysages de carte postale, à la baie de Guanabara, au Cristo du Corcovado, au Pão de Açucar, aux mythiques plages de Copacabana et d'Ipanema...Cependant, Rio de Janeiro est loin de se réduire à ces quelques clichés où se concentre l'attention des visiteurs et des médias, c'est une mégalopole de près de 7 millions d'habitants, s'étendant du nord au sud sur plus de 50 kilomètres. Et c'est aussi un concentré du Brésil, avec la passion et la chaleur qui emplit les âmes de chacun de ses habitants, mais aussi, et infelizmente, avec ses dramatiques inégalités et ses quartiers (majoritaires) défavorisés, ses trop fameuses favelas (que les habitants préfèrent appeler comunidades -communautés- le terme favela étant malheureusement trop souvent associé à violence, vol ou trafic de drogue).

C'est pour lutter contre ces préjugés, mais aussi pour découvrir le travail de Terr'Ativa, la branche brésilienne de l'ONG française Terr'Active (et vous le faire partager aujourd'hui), que je suis me suis rendu au Morro do Fuba, un "complexe" de 3 communautés et d'environ 15.000 habitants, situé dans la Zona Norte de Rio, dans le traditionnel quartier de Cascadura (lui-même voisin de Madureira, le formidable quartier carioca où est née l'incontournable samba). L'invitation avait été lancée quelques jours auparavant par la charmante Anne-Cécile, une lyonnaise en stage longue durée au sein de l'association, et par Renata, la coordinatrice du projet Terr'Ativa à Rio (en photo ci-dessous aux côtés de mon amie Stéphanie, qui m'a fait le plaisir de m'accompagner durant cette visite).

Anne-Cécile, Renata et Stéphanie..sur les toits ! 
Vue de Fuba
Anto devant le tag Terr'Ativa :)

A la différence de ses cousines de la Zona Sul (Dona Marta, Cantagalo, Babilônia...), les favelas de la Zona Norte, éloignée des feux des projecteurs et plus difficile d'accès, sont habituellement les laissées pour compte du travail des ONG, qui concentrent le gros de leurs efforts dans les communautés "exposées" de Botafogo, Ipanema ou Leme. Terr'Ativa a fait un autre choix, plus courageux mais aussi plus délicat (en particulier pour ce qui concerne la recherche de parrains financiers), en installant, au coeur d'une petite maison à l'entrée de la comunidade de Fuba, un centre éducatif à destination des enfants de celle-ci. La mission de Terr'Ativa se décline en deux programmes distincts :

- "Tico-tico no Fuba", qui accueille aujourd'hui près de 70 petits entre 7 et 12 ans, mêlant soutien scolaire, jeux créatifs et activités sportives. L'un des exercices, pas forcément le plus évident, pourrait être intitulé la "quête du silence" : l'objectif est de faire le silence au sein d'un groupe de 15 à 20 enfants, pendant au moins 30 secondes. Le résultat ? En vidéo ci-dessous ;)


En classe et heureux de l'être :)
Le Morro vu par les enfants
Leçon dans le couloir 
File en attendant le brossage des dents ! 

- "Angu sem caroço" est le programme mis en oeuvre pour environ 30 adolescents de Fuba, où les professeurs mènent également des activités artistiques, mais aussi des discussions de groupe dans le but de sensibiliser les jeunes aux sujets de société (éducation, santé, politique, sexualité), et les conseillent dans leurs prémices d'orientation professionnelle et d'insertion sociale.

Le "prof" Fabio avec Ana Clara, et quelques accords de guitare...
Mais Renata en parlera beaucoup mieux que moi, sur cette vidéo empruntée au site de Terr'Ativa :


Terr'Ativa por tdmsolidaire

Les projets de l'association sont également nombreux : en plus de souhaiter étendre le nombre des enfants concernés par les programmes déjà cités (l'objectif est de doubler si possible les effectifs), Renata et Anne-Cécile souhaiteraient mettre en oeuvre un programmé dédié aux femmes et mères de Fuba, une activité de fabrication de sacs à main qui permettrait de gagner un peu d'argent, de faire travailler ensemble les femmes de la communauté, mais aussi de donner des cours d'alphabétisation aux nombreuses mères qui ne savent ni lire ni écrire -près de 20% d'analphabétisme dans le quartier). 

Bien entendu, tout ceci a un coût, et l'association recherche activement de nouveaux parrains susceptibles d'investir dans ces nouveaux projets (et de "sécuriser" également l'existant). A titre d'exemple, la mise en oeuvre du programme "coopérative de sacs à main" pour ces dames de Fuba coûterait environ 9.000 € (matériel, professeurs, ordinateurs...). Je profite donc de ma communauté bloguesque pour lancer un appel à soutien : toutes les bonnes volontés, les bénévoles, les entreprises prêtes à investir sont les bienvenus pour aider à la pérennité du projet ! Un seul contact : Renata de Oliveira Santos, terrativa@terrativa.org,  +55 (21) 8682-6664

Guilherme, Lucas, Marcos, Rafael, Marcelo, Jadson...et bien d'autres vous remercient par avance ! 



25 mars 2011

Rio, Ville Merveilleuse...et hors de prix !

"Aquele abraço", superbe hymne de Gilberto Gil sur notre Cidade Maravilhosa, débute ainsi : "O Rio de Janeiro continua liiiiindo"...La chanson date déjà de 1969. S'il l'avait écrite en 2011, nul doute que le grand Gilberto aurait pu ajouté un couplet "O Rio de Janeiro virou caaaaro" ("Rio de Janeiro est devenue chère") ! Chère en l'occurence est un euphémisme, on pourrait presque affirmer que Rio est devenue, en quelques années seulement, une ville inabordable, tant pour ses habitants qui cherchent à se loger ou y travailler, comme pour les touristes !

Trois exemples parmi tant d'autres :
- Le marché immobilier d'habitation carioca a simplement explosé : les prix se sont enflammés, pour quasiment doubler en seulement deux ans ! En 2010, la hausse moyenne est estimée à plus de 40%, et certains quartiers (en particulier Barra da Tijuca, le Miami moderne mais moche) auraient même vu leurs prix croître de plus de 60% ! J'ai jeté un oeil ce matin dans les pages "Imoveis" du Globo, et je suis tombé à la renverse :  un deux-pièces sur Ipanema est annoncé à 1.030.000 R$ (440.000 €), un autre à Leblon est affiché à 1.380.000 R$ (590.000 €) ! Ne parlons pas des appartements plus luxueux : un 350 m² à Leblon de nouveau est à 8 millions de R$, soit 3,5 millions d'€ ! 10.000 € le mètre carré ! Certes, nous sommes dans les quartiers les plus chics de la ville, mais même si l'on s'en éloigne un peu, les prix restent tout de même très élevés, comme ce 4 pièces à Botafogo de 160 m² affiché à 2 millions de R$ (900.000 €).

Leblon, c'est bonbon pour se loger...

- Si se loger à Rio est devenu incroyablement onéreux, que dire de l'immobilier d'entreprise ? Selon l'étude annuelle du cabinet Cushman & Wakefield, le coût d'occupation moyen de bureaux en 2010 s'est accru de...47% dans la capitale fluminense, faisant désormais de Rio de Janeiro la 4ème ville la plus chère au monde (elle était 13ème en 2009) en la matière. Rio devant New York ou Paris, et ville la plus onéreuse du continent américain, qui l'eût dit il y a seulement 3 ans ?  

- L'hôtellerie n'est évidemment pas en reste, puisqu'un très récent "ranking" établi par le site Hotels.com montre que le prix moyen de la nuitée à Rio a augmenté de 30% en 2010, soit la plus forte hausse mondiale après Macao (je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans la cité qui sent le sang écarlate, qui a crû de son côté de 40% !), et s'établit désormais à 314 R$ (133 €), soit le tarif le plus élevé de tout le Brésil. Plus fort encore, Rio est aujourd'hui la deuxième destination la plus chère au monde dans la catégorie "hôtels 5 étoiles" : il vous faudra débourser en moyenne 1.146 R$ (485 €), et seul Big Apple vous coûtera plus cher (532 € par nuit) !

Le Fasano, 1.800 R$ la nuit en moyenne...

Et là j'ai envie de dire : mais comment en est-on arrivés là ?! Selon moi, les raisons d'un tel boom (d'une telle bulle, ça y est j'ai lâché le mot !) sont principalement de trois ordres :

1. Une situation économique favorable : 7% de croissance l'année dernière, une monnaie forte, une inflation à peu près maîtrisée (5,5% en 2010), des investisseurs étrangers qui arrivent en masse, un accès au crédit quasi généralisé (une grande première dans un pays qui reste profondément marqué par les années d'hyper-inflation d'avant le "plan Real" -1993), l'incroyable manne du pétrole sous-marin aux larges des côtes de l'Etat fluminense, tout est dit, n'en jetez plus ! Le Brésil, et Rio encore plus, ont la cote, et forcément, cela impacte notablement la cherté de notre Ville Merveilleuse.

2. Une baisse incontestable de la violence et de l'insécurité : Rio, qui reste dans l'imaginaire des gens associée à favela, trafics, kidnappings, assaltos (les agressions en pleine rue) s'est considérablement améliorée en matière de lutte contre l'insécurité. Il faut mettre cela au crédit du gouverneur de l'Etat de Rio, Sergio Cabral (et sa superstar, le secrétaire à la Sécurité, José Maria Beltrame, élu pas plus tard qu'hier "personnalité de l'année" par le quotidien O Globo), qui a innové en la matière en mettant en place le fameux programme des UPP (Unités de Police Pacificatrices, postées durablement dans les favelas de la ville).  J'aurai l'occasion très prochainement de revenir sur Rio et la violence, mais tous les cariocas vous le diront : la ville est beaucoup plus sûre aujourd'hui qu'il y a quelques années (sans parler des années noires, entre 1985 et 1995), et cela contribue évidemment à doper la cote d'amour de la ville, en particulier des étrangers qui sont de plus en plus nombreux à y acquérir des biens immobiliers.

José Maria et ses copains de la Police...

3. L'imminence d'évènements sportifs de répercussion mondiale : je veux bien entendu parler de la Coupe du Monde de Foot de 2014 et des Jeux Olympiques d'été de 2016. Les bénéfices que Rio va en tirer, en matière de transports urbains, d'infrastructures hôtelières, de constructions immobilières, sans compter l'incroyable couverture médiatique et les moyens financiers alloués par les organisations (FIFA, CIO...), sont une source certes conjoncturelle, mais indéniable, de croissance des prix de la métropole dans tous les domaines déjà évoqués.

Le logo des JO 2016 : bof...

Dans ce contexte, et au vu de l'emballement général, la question qui vient évidemment à l'esprit est la pérennité de ces hausses : s'agit-il d'un "rattrapage" finalement logique si l'on considère l'incroyable cadre de vie général de Rio (soleil, mer, plage, montagnes...), où n'est-on pas plutôt déjà au-delà du raisonnable, dans un Etat (celui de Rio) où le salaire moyen culmine à 1.300 R$ (550 €) par mois, cet au-delà du raisonnable étant alimenté par un sur-optimisme ambiant des investisseurs de tous ordres, porté en particulier par les évènements sportifs évoqués ci-dessus ? Vous l'aurez compris, bien que j'adore mon Rio, j'ai bien peur que l'on soit en train de connaître une période (trop) dorée, et que l'atterrissage post-2016 soit des plus douloureux...Puisse le futur (pour une fois ;) me donner tort !

22 décembre 2010

Les 100 brésiliens les plus influents en 2010, selon Epoca

A l'instar de ce qu'a pu faire le newsmagazine concurrent Istoé à la fin 2009 (je vous en avais parlé ici), c'est au tour d'Epoca (le mag d'informations généralistes appartenant à la toute puissante Globo) de publier, dans son numéro daté du 13 décembre, la liste des 100 personnalités les plus influentes de l'année qui s'achève (cf couverture de l'hebdo ci-dessous).
Epoca a choisi de structurer son classement de façon assez originale, autour de quatre thématiques : les "Leaders", les "Constructeurs", les "Héros" et les "Artistes".
Découvrons-donc ci-après les vainqueurs de chacune de ces thématiques !

# Les "Leaders" :
Evidemment. Naturellement. Ca ne pouvait être qu'elle. Dilma Rousseff, la nouvelle présidente de la République du Brésil, élue confortablement à la fin octobre à la tête du 5ème pays le plus peuplé du globe, la première femme à occuper ce poste prestigieux, qui aura la lourde charge, à compter du 1er janvier prochain, de succéder au si populaire Lula da Silva, et de poursuivre la construction d'un Brésil plus juste et plus équilibré, le tout dans un contexte international compliqué et incertain. Bonne chance à elle, elle en aura bien besoin !
Dilma, photo officielle...
Suivent également dans la rubrique "Leaders" Marina Silva, la candidate du petit Parti Vert aux élections présidentielles, qui a surpris son monde en obtenant près de 20% des suffrages, puis Antonio Palocci, un fidèle de Lula, l'ancien ministre de l'Economie sous son premier gouvernement, qui va être nommé Chef de la Maison Civile (plus ou moins l'équivalent de notre poste de Premier Ministre) dans le gouvernement de Dilma,  et qui devrait ainsi jouer un rôle clé dans les prochaines années.

# Les "Constructeurs" :
Constructeurs, pour entrepreneurs, businessmen, donc. Là encore, un nom trône au-dessus des autres, il s'agit de Eike Batista, multi-entrepreneur (principalement dans le domaine de l'extraction de minérais), propriétaire -entre milles autres biens- de la Marina de Gloria (le chic Yacht-Club de la baie de Rio) et de l'hôtel Gloria (l'un des établissements les plus traditionnels de la Cidade Maravilhosa, actuellement en travaux) . Détenteur d'une fortune personnelle estimée à 27 milliards de dollars, il est rentré cette année dans le cercle très fermé des 10 hommes les plus riches au monde.
Eike et ses nouveaux cheveux...
Les autres "nominés" les plus prestigieux de la rubrique "Constructeurs" sont l'incontournable Abilio Diniz, le "dono" (patron/propriétaire) de Pão de Açucar, le groupe leader de la distribution au Brésil, toujours en phase de digestion de ses méga-acquisitions de 2009, les distributeurs spécialisés PontoFrio et CasasBahia, et André Gerdau, l'héritier de la dynastie du même nom, qui dirige depuis 2007 le plus grand groupe sidérurgique d'Amérique Latine...Gerdau ! La particularité d'André est d'être un fin cavalier : il a d'ailleurs représenté le Brésil aux épreuves hippiques de Jeux Olympiques d'Atlanta (1996) et Sidney (2000).

# Les "Héros" :
On quitte ici le terrain politique ou économique pour rentrer dans une thématique finalement plus "ouverte". Son "vainqueur" dispose déjà d'un statut et d'une notoriété impressionnants pour quelqu'un qui n'a pas fêté encore ses 19 ans et qui n'est sur le devant de la scène que depuis 18 mois. Il faut dire qu'il agit dans un domaine qui déchaîne les passions au Brésil (pas qu'au Brésil, bien entendu, mais surtout au Brésil), en l'occurence le football. Je veux parler de Neymar da Silva Santos Junior, dit Neymar, l'attaquant vedette du Santos FC de Pelé, deuxième meilleur buteur du Brasileirão qui vient de s'achever, et qui est certainement l'un des talents les plus prometteurs du foot brésilien, pourtant peu avare en la matière ! S'il a éclaboussé de sa classe l'année 2010, il l'aura aussi marquée de manière moins glorieuse en étant le pivot de la crise aboutissant à la démission de l'entraîneur de Santos, Dorival Jr, alors que celui-ci était l'un des plus fervents partisans du jeune buteur, celui qui l'avait convaincu de résister aux sirènes de l'Europe et de Chelsea pour mûrir encore quelques années (mois ?) dans son club formateur. S'il veut réussir une grande carrière, Neymar devra adjoindre à son indéniable talent un caractère plus en phase avec le heut niveau, et en particulier résister à la "melonite" aigüe qui semble le guetter...
Neymar, ou le nouveau "Divino caudino" ?
Les autres personnalités phares de cette catégorie sont José Mariano Beltrame, le secrétaire à la Sécurité de l'Etat de Rio, qui pilote le projet visant à étendre les fameuses UPPs (les Unités de Police Pacificatrice) à toutes les favelas de Rio (ce qui n'est pas reconnaissons-le le boulot le plus facile au monde), puis Cissa Guimarães, l'actrice brésilienne ayant connu la tragédie de perdre son fils Rafael en juillet de cette année, écrasé par une voiture dans le tunnel Zuzu Angel (à Rio), alors qu'il y faisait du skate (!)...et que le tunnel était fermé à la circulation. Sa douleur stoïque et son courage dans cette épreuve ont fait d'elle une sorte de symbole des mères (ou pères) qui voient leurs enfants décéder de manière injuste et prématurée.
 
# Les "Artistes" : 
La catégorie est ultra-dominée par un cinéaste brésilien, qui vient en cette fin d'année 2010 de battre le record absolu d'entrées du cinéma au Brésil : près de 11 millions de spectateurs se sont déplacés en un peu plus de deux mois pour découvrir Tropa de Elite 2, de José Padilha, dépassant ainsi le mythique Dona Flor et ses Deux Maris, le film de Bruno Baretto tiré du grand roman de Jorge Amado, qui détenait le record d'entrées depuis...1976. Les aventures du Colonel Nascimento, confronté cette fois-ci à la terreur des milices dans les favelas de Rio, ont créé un véritable raz-de-marée médiatique et sociétal, la réalité rattrapant d'ailleurs la fiction avec l'opération "Libération de Rio" menée à la fin novembre.
José Padilha, le physique de l'emploi ? 
Les autres "stars" nominées sont le jeune paranaense (de l'Etat du Parana) Alex Kipman, qui a été le grand concepteur et maître d'oeuvre du lancement du système Kinect de la Xbox de Microsoft, venant concurrencer sur son terrain historique la Wii de Nintendo, et le non moins jeune paulista Joe Penna qui a cartonné toute l'année sur YouTube avec son personnage de MysteryGuitarMan ! Ces deux dernières personnalités démontrent également toute la vitalité et l'originalité de la scène culturelle brésilienne, ces deux jeunes impétrants se permettant d'éclipser médiatiquement (ou presque) de superstars do Brasil comme Ivete Sangalo ou Maria Gadu (présentes néanmoins dans la liste des 100, je vous rassure !).

Et vous, quelle est la personnalité brésilienne de l'année selon vous ?

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