15 septembre 2009

Election présidentielle brésilienne : les forces en présence


2010 est année d'élection présidentielle au Brésil, le plus important suffrage du pays. Calqué sur le modèle américain, le système électoral brésilien appelle tous les 4 ans les concitoyens à choisir le président de la fédération brésilienne. Le vote (majoritaire, si besoin à deux tours) aura lieu à la fin octobre 2010 pour une intronisation du nouveau président au tout début de 2011. Ce sera un nouveau président dans tous les sens du terme, Luis Inacio da Silva, dit Lula (photo de droite), ne pouvant pas être élu une 3ème fois, conformément à la constitution. Notez au passage, qu'à la différence de ses voisins vénézuélien (le triste Hugo Chavez) ou même colombien (Alvaro Uribe), Lula a la grandeur de ne pas demander une modification de la constitution par voie référendaire pour pouvoir s'aligner pour un 3ème mandat. Et ce bien que, fort de son immense popularité aussi bien à l'intérieur du Brésil (77% d'opinions favorables selon les derniers sondages !) qu'à l'étranger, le référendum lui serait certainement favorable.

Un nouveau président donc pour les 200 millions de brésiliens en 2011, oui mais lequel ?


Jusqu'à un passé récent, l'affrontement semblait devoir se circonscrire entre les poulains du parti de centre-droit au pouvoir avant le ras-de-marée Lula, en l'occurence le PSDB (l'ex-président étant Fernando Henrique Cardoso, dit FHC), et le candidat qui sera adoubé par Lula et le Parti des Travailleurs, le PT.

En lice, du côté du PSDB, le candidat malheureux face à Lula en 2002, l'austère mais sérieux gouverneur de l'Etat de São Paulo, José Serra (photo de gauche), favori pour une 2ème tentative, et Aecio Neves, le challenger du PSDB, gouverneur de l'Etat des Minas Gerais (Belo Horizonte).

Pour le PT, les jeux semblent faits et le choix de la rugueuse ministre de la Maison Civile (peu ou prou l'équivalent de notre Premier Ministre) Dilma Roussef (photo de droite) semble entériné. C'est le "poulain" de Lula, et même le traitement d'un cancer lymphatique au second trimestre de cette année, comme une popularité encore à construire, ne semblent des handicaps aux yeux de Lula, qui rêve de voir une femme lui succéder. Il faut aussi dire que la personnalité écrasante de Lula a empêché l'émergence d'une possible alternative au sein du PT (il y a bien eu le feu de paille Marta Suplicy, une femme encore, éphémère maire de São Paulo) et encore moins d'un successeur naturel et désigné.

Bref, on s'acheminait vers un duel classique PSDB - PT, Lula ayant fait des concessions importantes à son parti allié et opportuniste, l'historique PMDB, en offrant le siège de président du Sénat à l'encore plus historique et nauséabond José Sarney, le tout en échange du soutien de ce parti-croupion et corrompu au candidat du PT pour la prochaine présidentielle.


C'était compter sans le départ médiatique et agité de l'un des symboles du PT, la sénatrice Marina Silva (photo de droite), officiellement "révoltée" par le soutien sans faille du président Lula et du PT au PMDB et à José Sarney, pour le petit Parti Vert, le PV. Très impliquée dans la cause environnementale, cette ancienne ouvrière pauvre du Nord du pays (tiens, ça fait penser à un certain Lula ça) dispose d'une image quasi immaculée et d'un vrai socle de popularité. Elle sera à prendre au sérieux s'il se confirme (comme il est très vraisemblable) qu'elle se présentera à l'élection présidentielle, affaiblissant du même coup Dilma Roussef, qu'elle grignoterait de manière notable sur sa gauche.

Pour parler de chiffres ou de "cotes", les derniers sondages donnent les résultats suivants :
Si José Serra est le candidat du PSDB :
- José Serra obtiendrait environ 40% des voix au 1er tour ;
- Dilma Roussef est à +/- 20 % ;
- Marina Silva arriverait déjà à 10% des voix.
Si Aecio Neves est finalement choisi par le parti de centre-droit :
- Neves arriverait à seulement 20% des voix ;
- Dilma Roussef serait devant avec 26% des suffrages ;
- Marina Silva monterait à 12%.

Pour conclure, et avant lors d'un prochain post de rentrer plus en détails dans la personnalité de chacun des candidats, une fois ceux-ci officiellement déclarés et adoubés par leur parti respectif, je dirais que cette prochaine élection présidentielle est très ouverte, et que l'absence de Lula parmi les compétiteurs (pour la 1ère fois depuis 1989 !) va peser lourd dans sa destinée et ses enjeux. Certes, la candidate du PT semble distancée par José Serra, mais on est à plus d'un an encore de l'élection, et l'énergie que déploie le président Lula à "vendre" à ses concitoyens la candidature de sa protégée pourrait s'avérer être un élément décisif...

8 commentaires:

Michaël a dit…

Sympa ton résumé brésilien.
As-tu un avis plus personnel sur la politique brésilienne et sur les forces en présence ?

Michaël a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Alex a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Alex a dit…

Pourquoi "triste" Chavez? C'est un président des tropiques mais pas triste mon ami. La grandeur de Lula c'est aussi son ambition de rester dans l'histoire comme un président d'une nouvelle gauche (est-il utile de rappeler qu'il est de gauche?). D'ailleurs, Lula vient de déclarer qu'il n'y a aura pas de représentants de la droite lors des prochaines élections, ça sera "entre la gauche et le centre-gauche" (sic).

A vrai dire, et tu le démontres très bien dans ton article, il n'y a pas de partis classiques comme en France ou d'autres démocraties. Les parlementaires peuvent voter librement des lois sans une réelle discipline partisane. Et des micros partis régionaux passent des accords d'alliances opportunistes avec des grands partis qui sont eux mêmes divisés.
Bref c'est une énorme démocratie tropicale qui danse essentiellement au centre avec de la bossa nova de gauche. Mais marque des buts avec la main droite...

Antony a dit…

@ Michaël : Merci pour ton appréciation. Je pense que le PSDB (José Serra) a de fortes chances de passer, car Dilma ne dispose pas de suffisamment de charisme pour s'imposer et souffre de la comparaison avec Lula...
@ Alexis : Chavez est un grand malade, il est donc triste au sens "triste sire" ! :) Sinon ok avec toi sur le reste !

Alex a dit…

La politique au Brésil avance très vite d'une semaine à autre, et voilà qu'un nouveau candidat surgit.

http://oglobo.globo.com/pais/mat/2009/09/22/cni-ibope-ciro-sobe-dilma-serra-caem-tucano-mantem-lideranca-767722067.asp

A mon avis, il y aura d'autres "surprises"! pourquoi pas un autre candidat Luliste?

Anonyme a dit…

Du contenu francophone sur le Brésil, ce n'est pas légion. Bravo pour cet article.

Antony a dit…

Merci bcp ! Ca me fait penser qu'il faut que je rafraîchisse les infos sur les élections présidentielles brésiliennes ! Cdt

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