Après deux nuits de folie dans un Sambodrome plein comme un oeuf (et qui aura accueilli plus de 150.000 spectateurs dans son enceinte remodelée tout récemment), les 13 écoles du groupe Spécial attendaient avec une grande anxiété la fin de journée de ce mercredi des Cendres, synonyme de révélation du nom de l'école de samba qui allait l'emporter, après plusieurs heures d'un long travail d'épuration des votes des jurés (suivant un système de notations complexe et qui ressemble assez à celui qui a cours dans le patinage artistique).
Le nouveau Sambodrome et ses 75.000 places désormais
Pour ma part, j'ai eu la chance d'assister au défilé du lundi soir, et après avoir dévalé l'avenue avec la sympathique União da Ilha aux sons d'un hymne hommage au...Royaume-Uni (JO de 2012 obligent), j'ai apprécié le spectacle magique fourni par quatre des plus grandes écoles que Rio (et donc la planète ;) ait enfanté : Salgueiro, sa bateria Furiosa et sa muse de char...seins nus, Mangueira et une Beth Carvalho en pleine(s) forme(s), Unidos da Tijuca, son carnavalesco Paulo Barros toujours barré (mais avec un défilé un ton au-dessous des années précédentes, me semble t-il) et sa rainha de bateria bionique, Gracyanne Barbosa, et Grande Rio, et un beau samba-enredo dédié à la superação (au dépassement de soi, beau symbole pour une école qui avait énormément souffert de l'incendie qui avait brûlé la grande partie de ses fantasias en 2011).
Le Sambodrome, tel qu'en lui-même
La Bateria Furiosa de Salgueiro
Cachez ces seins...
Beth, a madrinha do samba
Très beau char d'Unidos da Tijuca
Gracyanne...gracieuse ?
Le char fumant de Grande Rio
Une première tendance avait été donnée dès mardi, avec le Prix d'Or remis par les journalistes du Globo (qui est au Carnaval ce que les Golden Globe Awards sont aux Oscars) à la belle et traditionnelle Unidos da Vila Isabel, l'école de coeur du grand sambista Martinho da Vila, qui aura enchanté les foliões présents dans Sapucai avec un superbe samba-enredo en hommage à un pays frère (et ancienne colonie portugaise), l'Angola.
Vila et l'Angola
Mais finalement, et après un combat très serré contre cette même Vila Isabel (qui termine finalement 3ème), mais aussi Salgueiro (la vice-championne) et Beija-Flor (3ème), c'est...Unidos da Tijuca qui l'emporte cette année ! Après avoir déjà été titrée en 2010 (pour la première fois en 70 ans !), puis flouée l'année dernière au profit de Beija-Flor, c'est avec un défilé qui honorait le grand chanteur du Sertão Luiz Gonzaga -mais que j'ai jugé pour ma part moins réussi qu'en 2011, que Unidos da Tijuca vient trôner tout en haut de la hiérarchie des écoles de samba, portée par son mentor carnavalesco (l'équivalent du directeur artistique) Paulo Barros, et ce pour -seulement- la 3ème fois de son histoire !
Et voici un extrait de la Comissão da Frente de Unidos da Tijuca (encore une fois très originale) :
Et quelques photos prises sur le vif, par votre serviteur, du défilé d'Unidos da Tijuca, championne du Carnaval 2012 !!
Comissão da frente : très réussie !
Premier char lunaire...
Les bahianaises de Tijuca
Bateria, onibus e cia
Les poissons du rio São Francisco
Les maisons colorées du Sertão
Bravo à l'école du quartier de Borel, que nous avions visité pour un ensaio voici quelques semaines (le moment avait été formidable, avec une photo sympathique en compagnie de Robocop-Gracyanne) ! C'est une nouvelle fois la victoire de l'audace et du show (qu'incarne parfaitement les tijuquenses) contre la tradition que représentent les écoles comme Vila Isabel ou Mangueira. Cela démontre toute la vivacité et la modernité de ce spectacle vivant, certainement le plus beau au monde, et qui fait battre le coeur d'une ville et d'un pays des mois durant.
Amis foliões ("fêtards", ou festayres dirait-on au Pays Basque)de Rio et d'ailleurs, le Carnaval de Rio, la plus grande fête de rue de notre belle planète, est sur le point de revenir ! Plus qu'une petite semaine, et l'on rentrera dans la calor carnavalesca pour 6 jours de défilés d'écoles de samba (du vendredi 17 au mercredi 23 février), de festivités de rue (les fameux blocos), de déguisements (fantasias) en tout genre et...de quelques dizaines (centaines ?) de milliers d'hectolitres de cerveja bem gelada (bière bien fraîche) qui ne va pas manquer de couler à flots !
Petite passage en revue des incontournables du Carnaval, pour tous ceux et toutes celles qui auront le privilège d'être dans notre Rio d'adoption durant ces quelques jours de folia :)
# Les derniers préparatifs :
- Les 12 écoles de samba du groupe spécial finissent de peaufiner leurs enredos (les hymnes pour le défilé de chacune d'entre elles), et ce week-end du 11 et 12 février marque ainsi les derniers ensaios (répétitions) dans les quadras (les sièges des écoles) : parmi les plus prestigieuses, Mangueira et Salgueiro vous invitent ce samedi soir aux rythmes assourdissants de leur baterias (les deux meilleures des écoles, à coup sûr). União da Ilha, avec qui nous défilerons cette année (!), fait son dernier ensaio ce samedi soir également.
Tout le programmme des derniers ensaios est disponible derrière ce lien (en portugais mais facile à décrypter ;) !
União da Ilha, qui rendra hommage à Londres 2012
- Les blocos de rue, comme à l'accoutumée, n'ont pas attendu le jour d'ouverture officielle du Carnaval pour envahir les rues de la Cidade Maravilhosa ! Gros week-end déjà ces 11 et 12 février, avec en particulier Simpatia e quase Amor (l'un des plus fameux blocos de la Zona Sul de Rio ) qui s'élancera du Centro ce samedi à 15h depuis la place Osorio à Ipanema (on y attend 80.000 personnes !), ou encore le récent et déjà hyper populaire Bloco da Preta (animé par la chanteuse Preta Gil, fille de Gilberto), qui compte réunir plus de 200.000 personnes dans le Centro ce dimanche 12 à 14h !
Bloco da Preta, 3 ans et déjà toutes ses dents :)
# Le programme détaillé !
- Evidemment, le clou du Carnaval, c'est le défilé des écoles de samba du groupe spécial (les 12 meilleures écoles de Rio), qui aura lieu sur deux nuits, les 19 et 20 février prochains ! Toutes les infos pour suivre de près cette grande fête sur le site de la LIESA, et évidemment diffusion en direct sur la Globo de 20h à 6h du matin, les deux soirs durant. Le vendredi 17 est également une date spéciale, avec le défilé des écoles "mirins", pour les enfants. Un spectacle également à ne pas rater, qui se déroule lui aussi en plein coeur du Sambodrome !
Jours et ordre des défilés des écoles de samba du groupe Spécial
- Des centaines de blocos défileront tout au long des jours et des nuits du Carnaval ! Vous retrouverez sur l'excellent site Diario do Rio l'agenda complet du Carnaval de rue de la ville ! Et pour vous donner envie de participer à cette grande fête populaire, suivez l'appel des grands noms de la samba de Rio, et aussi tous ces cariocas anonymes qui incarnent l'esprit si particulier de la ville et que nous adorons tant : en vidéo ci-dessous !
- Et bien sûr, n'oublions pas les nombreux bailes (bals de Carnaval) qui vont animer les chaudes nuits de Rio ! Le choix est plutôt cornélien, entre le Baile Vermelho e Preto (de mon Flamengo) au Monte Libano, le 18 février, les célèbres bailes du Jockey Club, dont la traditionnelle Feijoada do Amaral, ou encore le Baile da Mangueira, le 18 février également, à la Scala Rio. Toutes les infos et la programmation complète (ou presque) ici, sur le Rio Guia Oficial !
Et voilà. J'ai laissé passer la fin de l'année 2011 sans publier mon traditionnel billet sur les brésiliens de l'année, vus par les médias (Istoé, déjà, l'excellent news, en 2009, ou Epoca, son concurrent du groupe Globo, en 2010). Qu'à cela ne tienne, comme je sais (les statistiques ne mentent pas :) qu'il s'agit des posts parmi les plus lus par mes aimables visiteurs, je me résous, même avec un honteux atrasão (gros retard), à vous faire part des citoyens brésiliens que Istoé a honorés pour leur remarquable (?) action en 2011.
# Le Grand Prix, toutes catégories confondues :
En 2009, c'était l'ex-président Lula qui était distingué. Sans surprise (sans originalité ?), c'est Dilma Rousseff, l'actuelle "tenancière" du Planalto, qui est consacrée. Il faut dire qu'avec un taux d'approbation record de 71% des brésiliens après un an de mandat (plus que les 69% du second mandat de Lula), l'ancienne pasionaria d'extrême-gauche devenue la première femme à présider notre beau Brésil dépasse les plus folles espérances de son mentor-créateur, Lula himself, en matière de gestion de l'héritage luliste. Pourtant, force est de constater que l'année 2011 n'a pas été révolutionnaire en matière de réformes et de décisions politiques, Dilma se chargeant d'assurer les fondamentaux (contrôle de l'inflation et des taux d'intérêts, principalement)...tout en se séparant tout de même de 7 de ses ministres (pour corruption, trafic d'influence, etc...) ! Et si c'était le facteur principal d'une telle popularité ?...
Dilma, plus forte que Lula ?
# Homme politique de l'année :
"Je ne suis ni de droite, ni de gauche, ni du centre, mais de tous ces bords à la fois". C'est l'auteur de cette phrase somme toute mémorable qui a été choisi par Istoé comme politicien brésilien de l'année, je veux parler de Gilberto Kassab, l'actuel maire de São Paulo et président du tout nouveau parti (de gauche-centre-droit donc) qu'il a lui-même fondé à la fin de 2010, le Parti Social-Démocrate (le PSD, tout un programme, donc). De fil en aiguille, et grâce à l'habileté toute politicienne de ce fils d'immigrés libanais, qui a su débaucher nombre de parlementaires, le petit PSD est devenu grand : il est aujourd'hui le 3ème parti représenté au congrès (derrière le PT de Lula / Dilma et le PSDB de José Serra), et est parvenu à attirer dans ses rets des personnalités honorables et populaires, tel l'ancien président de la Banque Centrale brésilienne, Henrique Mereilles. Tout ceci ne fait ni un succès électoral, ni ne garantit un futur doré à l'homme dont le goitre promet déjà de rivaliser avec notre Edouard B. national, mais il lui assure déjà une position enviable sur la scène politique brésilienne.
Ni de droite, ni de gauche, bien au contraire ?
# Prix de la "citoyenneté" :
Un titre étrange que voilà. Mais attribué à une personnalité incontestablement "star" de 2011, en l'occurence le Secrétaire à la Sécurité de l'Etat de Rio, le gaucho-carioca (il est originaire du Rio Grande do Sul, dans le sud du pays) José Mariano Beltrame. Son fait de gloire : être le grand concepteur-ordonnateur des fameuses UPP, ces Unités de Police Pacificatrice qui ont pour rôle d'assurer durablement la sécurité dans les communautés de Rio, jusqu'alors livrés à la guerre des gangs et aux trafics en tout genre. Malgré quelques couacs (comme l'arrestation en septembre 2011 du commandant de l'UPP de Santa Teresa, accusé de corruption et de détournement d'argent), force est de constater que cette stratégie a profondément modifié le quotidien des dizaines de milliers (voire centaines de milliers aujourd'hui, avec les "pacifications" récentes et rondement menées des grandes favelas, Rocinha et Vidigal) d'habitants des quartiers déshérités de la mégapole fluminense, leur assurant en premier lieu un droit fondamental, la sécurité, ou la garantie de ne pas sortir de chez soi et de prendre une balle perdue. Ce faisant, Beltrame a acquis aujourd'hui un incroyable statut d'intouchable, voire de rock-star (samba-star ?) auprès des cariocas, tant et si bien que nombreux sont ceux qui pensent qu'il a le profil idéal pour être le prochain gouverneur de l'Etat de Rio. Rendez-vous en 2014 pour valider cela !
Super Mari(an)o
# Homme de culture de l'année : Antonio Candido de Mello e Souza, le grand intellectuel, essayiste et homme de lettres carioca (il est né à Rio de Janeiro en 1918) est distingué par Istoé dans le domaines des arts et de la culture. Moins pour son actualité en 2011 (il n'a pas été particulièrement productif cette année, à 93 ans révolus) que pour récompenser l'ensemble de sa brillante oeuvre, dont le clou est certainement cette "Formation de la Littérature Brésilienne", écrite en 1959, et qui doit être le livre de chevet de tout étudiant (brésilien) en lettres qui se respecte.
Antonio et ses livres
# Sportif de l'année :
Coup de tonnerre dans le landerneau sportif do Brasil : ce n'est pas un footballeur qui a été élu cette année ! Mais malgré cela personne ne contestera la pertinence du choix du newsmagazine, tant Anderson Silva, 36 ans, le (multi) champion actuel, catégories poids moyens, de l'UFC (Ultimate Fighting Championship, cette discipline de lutte free-style et hyper-violente qui passionne les brésiliens) a occupé l'espace médiatique tout au long de l'année 2011, le tout culminant le 27 août dernier à Rio, avec la 134ème édition de l'UFC, durant laquelle Anderson "The Spider" Silva a défoncé (passez-moi l'expression) le pauvre japonais Yushi Okami. La vidéo ci-dessous en apporte la plus parfaite démonstration (âmes sensibles s'abstenir) :
Bon, personnellement, je préfère un bon vieux clasico Flamengo-Corinthians (Anderson Silva est d'ailleurs un Corintiano doente, soit un supporter fanatique du club paulista, champion en titre du Brasileirão), mais il faut avouer que le spectacle est impressionnant, à défaut de faire appel aux instincts les plus nobles de la race humaine...
Rendez-vous début 2013 pour partager sur les Brésiliens de l'année 2012 !
Cette journée du 4 décembre 2011 promettait d'être magnifique sur le plan du football do Brasil : c'est jour de décision, on saura en effet ce soir qui, des Corinthians de São Paulo (qui jouent un clasico brûlant contre leurs ennemis jurés de Palmeiras) ou du Vasco da Gama (qui affronte mon Flamengo au stade d'Engenhão qui promet de bouillir comme aux plus belles heures du Maracanã), sera le nouveau champion du Brasileirão 2011, succédant ainsi au Fluminense FC, sacré l'année dernière après 25 ans de disette.
Mais une triste nouvelle vient jeter une ombre sur la fête, en l'occurence l'annonce de la disparition à 57 petites années de Socrates, le doutor (il était également diplômé de médecine), l'un des plus beaux joueurs que le Brésil ait vu naître, le capitaine de la plus brillante équipe de football ayant jamais existé (la Seleção des années 1982-86, qui n'a malheureusement jamais été sacrée championne du monde), la plus grande idole de l'histoire des Corinthians (pour lesquels il a joué de 1978 à 1984), un des ces joueurs d'une classe et d'une élégance rare, à l'instar de son coéquipier de sélection Zico, qui vous donne envie d'aimer jusqu'à l'excès le football.
Socrates, la classe faite footballeur
Socrates nous a donc quitté à l'aube de ce grand dimanche de football. Il ne verra donc pas le sacre probable (et souhaité) de son club de coeur, qui en empochant son 5ème titre national, lui rendrait ainsi le plus beau des hommages.
Je reçois régulièrement des messages de la part de compatriotes français (ou francophones) souhaitant changer d'air, et me posant des questions sur les démarches à entreprendre pour venir s'installer et vivre dans notre beau Brésil. J'essaie d'y répondre dans la mesure de mon temps disponible (qui fond ces dernières semaines comme une Picolé au soleil d'Ipanema), sans toutefois être bien convaincant et exhaustif, je le crains.
Et voilà que j'apprends le lancement d'un petit site (mais qui a vocation à devenir grand), conçu et piloté par Alexandrine Brami, la fondatrice du réseau Linkedin-ien France Brasil Alumni, qui regroupe les diplômés des universités et des grandes écoles françaises résidant au Brésil, qui répond au doux nom de My Little Brasil ! Et il faut bien avouer que le bébé est plutôt bien né, puisqu'il met à la disposition des nombreux internautes francophones qui recherche donc le grand frisson do Brasil une mine d'informations pratiques pour faire le grand saut vers São Paulo ou Rio de Janeiro (dans mon cas, le choix du second nommé sonne comme une évidence, je dis ça, je ne dis rien ;), ou toute autre métropole du Géant-Plus-Endormi-Du-Tout de l'Amérique Latine.
Bref, trève de logorrhée (vous aurez noté que je ne sais pas faire synthétique ;), un seul mot d'ordre : mettez donc My Little Brasil dans vos favoris si vous voulez vous expatrier au Brésil ! Longue vie à lui, et un grand parabens à sa fondatrice et à ses animateurs !