Allez, à quelques jours de l'ouverture de la campagne officielle, je vous propose un petit résumé du dernier trimestre sur l'actu-clé de ces élections et quelques perspectives et réflexions pour les prochains mois :

2. Petites combines entre (faux) amis : L'une des caractéristiques les plus étonnantes des élections au Brésil, qui tient au fait que l'on élit à la fois le président, les députés et les gouverneurs fédéraux, est le jeu ahurissant d'alliances et de ruptures qui se déroule incessamment entre les différentes forces politiques du pays, aux différents niveaux de cet état-continent : les accords nationaux (par exemple celui qu'ont scellé le PT de Dilma et le PMDB de Michel Temer -qui devrait d'ailleurs être selon toute probabilité le candidat à la vice-présidence de Dilma dans cette élection) ne sont pas respectés dans tous les Etats (ainsi, dans le Rio Grande do Sul, terre traditionnelle de "droite", le PMDB local a décidé de soutenir le candidat du PSDB, José Serra, pour que son candidat au poste de gouverneur, José Fogaça, ait de plus grandes chances -théoriques- de victoire). Autre exemple, plus surprenant encore puisque prenant place dans l'Etat du Pernambuco, terre historiquement "luliste", le candidat du PMDB au poste de gouverneur, Jarbas Vasconcelos, est soutenu par le PSDB face au candidat...PSB Eduardo Campos, le PSB étant lui-même allié national du PT ! Vous suivez toujours ? :) Bref, on prend clairement ses aises face aux "diktats" mous des états-majors de partis nationaux, en privilégiant bien souvent la scène politique locale et son intérêt particulier au détriment de la cohérence générale. Grosse cacophonie, donc, même si les brésiliens sont maintenant habitués et dans le fond n'y accordent que peu d'importance.

Les films du PT pro-Dilma, à visionner vraiment ! A noter que Lula fut "puni" par le Tribunal Suprême Fédéral pour "campagne anticipée" !
4. Sondage, sondage, dis-moi qui est le plus beau (belle) ? Qui dit élection dit également guerre des sondages ! Le Brésil ne déroge pas à cette règle, et chaque enquête, en particulier de l'institut de référence Ibope, fait l'objet de son lot de commentaires, critiques, encouragements, déceptions et autres manoeuvres en tout genre. La dernière livraison de l'Ibope, sortie voici trois jours, a fait l'effet d'une mini-bombe : pour la première fois, Dilma passe devant Serra en intentions de vote (40% pour Dilma, 35% pour Serra) ! Plus inquiétant encore pour le candidat du PSDB, la région Sud, terre traditionnelle du parti de centre-droit, voit progresser très sensiblement la petista, qui grimpe de 26 à 34% d'intentions de vote (Serra chutant de 46 à 42%). Même scénario pour la région Sudeste, essentielle car elle concentre près de 40% des votants (Etats de São Paulo, Rio et du Minas Gerais) : Dilma prend la tête des intentions de vote (37% contre 36% à Serra) alors que l'écart était encore de 8 points en faveur de Serra il y a un mois ! Il semble ainsi que Dilma (et Lula) sont en train de gagner leur pari, celui qui consiste à faire croître en notoriété et sympathie la candidate qui apparaissait jusqu'alors peu charismatique, technique et rigide, en surfant sur l'incroyable popularité du président sortant (encore plus de 80% d'approbation de sa politique en mai dernier). Serra doit réagir, et vite, s'il ne veut pas se laisser distancer irrémédiablement. Il ne pourra certainement pas le faire en annonçant le nom de son candidat à la vice-présidence : il comptait sur le très populaire PSDBiste Aecio Nevès, ex-gouverneur de l'Etat du Minas Gerais, mais celui-ci a annoncé fin mai refuser "cet honneur", préférant concourir au Sénat...et rester dans une forme d'ombre en attendant 2014 et les prochaines présidentielles. De son côté, Marina stagne à 9% d'intentions de vote...seule elle semble encore croire à sa présence au second tour...
Ci-dessous le détail de l'étude Ibope :

Suite des aventures présidentielles sur le blog du Frenchman ! Restez tuned ! ;)