20 mars 2011

Quel est le pire job au monde ? Entraîneur de foot au Brésil !

Muricy Ramalho est tetracampeão du Brasileirão (quatre fois champion du Brésil, 3 fois avec São Paulo FC entre 2006 et 2008, une fois avec Fluminense, en 2010). A ce titre, Muricy Ramalho est considéré comme le meilleur entraîneur du pays : foin des Felipão en carton, des Renato Gaucho "sur-melonné" ou même des Mano Menezes, tout simplement surcoté, comme son avenir à la tête de la Seleção le montrera. Muricy Ramalho n'est cependant plus l'entraîneur des tricolores cariocas (une sombre histoire de rats dans le vestiaire, selon la version officielle...), et vient perpétrer l'incroyable -et triste- tradition du football brésilien de considérer l'entraîneur de foot au mieux comme un fusible, au pire comme une serpillière.

Muricy Ramalho content...c'était avant les rats...
J'ai fait mes comptes, et je me suis amusé à recenser le nombre d'entraîneurs ayant circulé rien qu'à Rio depuis ma propre arrivée dans la Cidade Maravilhosa, en février 2009.
En deux ans tout ronds, auront donc assumé les postes d'entraîneurs :
- A Flamengo (honneur au plus grand) : Cuca, Andrade (qui a mené l'équipe vers le titre de champion 2009), Rogerio Lourenço, Silas et l'actuel (un revenant, j'y reviendrai) Vanderlei Luxemburgo ;
- Au Fluminense : René Simões, Carlos Alberto Parreira, Renato Gaucho, Cuca, Muricy Ramalho et donc un futur-ex (?) nouveau, prochainement (Abel Braga tient la corde) ;
- A Botafogo : Ney Franco, Estevam Soares, Joel Santana (exploit, seulement 3 entraîneurs en deux ans pour le Fogão !) ;
- Au Vasco de Gama : Dorival Junior, Vagner Mancini, Gaucho, Celso Roth, PC Gusmão et Ricardo (oui l'ex du PSG, de Bordeaux et de Monaco !).
On arrive ainsi à la moyenne hallucinante de 5 entraîneurs "consommés" par club en deux petites années ! Alors que dans le lot nous trouvons les deux derniers champions nationaux (Flu en 2010, Fla en 2009), susceptibles donc de conserver leurs entraîneurs respectifs pour la qualité des résultats obtenus !

Au-delà du fait qu'il paraît évident qu'une telle perpétuelle lessive empêche de construire à long terme (allez, même à moyen terme...) et d'avoir un minimum de planejamento (terme difficilement traduisible, un mélange de "plan d'action", "vision long terme", "organisation", bref tout ce qui fait défaut au foot brésilien -et pas qu'au foot d'ailleurs ! ;), elle induit également un effet pervers, que j'appellerais le jeu des chaises musicales : en clair, les présidents (et leurs tout-puissants sponsors, très souvent impliqués dans les décisions opérationnelles et du terrain) disposent d'un "cheptel" d'entraîneurs (tous locaux, le président de foot au Brésil n'est pas très féru d'exotisme) dans lequel ils piochent avec frénésie dès que s'accumulent 2 ou 3 mauvais résultats. Il faut également avouer que le torcedor moyen n'est pas très patient, et n'hésite pas à déclarer son institution en danger et/ou en crise (dont il se dit propriétaire, encore un vice de la pseudo-démocratie qui régit les clubs de foot au Brésil, j'y reviendrai également...dans un prochain post) et à réclamer du jour au lendemain la tête de l'entraîneur, accablé de tous les maux, même si celui-ci a un récent passé de vencedor (vainqueur) avec la dite institution (c'est ce qui est d'ailleurs en train d'arriver au Papai Joel, de Botafogo, à qui je conseille de ne pas perdre le clasico de demain contre Vasco de Gama, sinon son titre actuel de champion carioca ne vaudra vraiment plus tripette...).

Joel Santana fait la moue...Il y a de quoi  !

Chemin faisant, il n'est pas rare de voir des entraîneurs licenciés de leur club...y revenir quelques années plus tard, pour y écrire une nouvelle tranche de foot, jurant de nouveau fidélité au maillot...avant de le désenfiler, de gré ou de force, quelques mois (ou quelques semaines !) plus tard. C'est le cas par exemple de Joel Santana, le saltimbanque des entraîneurs cariocas, qui a déjà entraîné le Botafogo FC à deux reprises (1997 et 2000), et qui a quand même réussi l'exploit de se caser au moins une fois chez chacun des grands clubs de Rio : Flamengo en 1996, 1998, 2005 et 2008 (à quatre reprises donc !), Vasco en 1986, 1992, 2000 et 2004 et Fluminense en 1995, 2003 et 2007. Il est fort le bougre, non ? 

Même topo pour notre Luxemburgo national, bon globe-trotter également, puisqu'il entraîne aujourd'hui Flamengo pour la troisième fois (1991, 1995 et 2011), après avoir écumé quasiment tous les grands clubs brésiliens (Palmeiras, Santos, Corinthians, Cruzeiro, Atletico-MG), sans oublier le grand Real Madrid, où il s'est vautré dans les grandes largeurs (à sa décharge, ce n'est pas le seul à se ramasser dans la maison merengue ;).

Luxa...Euh c'est par où la route de mon prochain club ? 
Après cela, comment voulez-vous construire une relation forte avec un club, avec vos supporters, qui soit un tant soit peu basée sur une forme de confiance mutuelle dans un contexte aussi mouvant et avec des présidents (et sponsors) si veuls, prompts à suivre le sens du vent et pour lesquels la solution de facilité est (et restera) le renvoi manu militari (avec possiblement force primes, c'est qu'en plus ça coûte de l'argent cette stratégie à la con !) de l'entraîneur, voué à être écartelé sur la place publico-médiatique ?!
Entraîneur de foot au Brésil : un métier bien pourri (encore plus qu'ailleurs) ! :) 

3 commentaires:

Alexandre Blanzat a dit…

Cher Antony,

Heureusement, pour soigner leurs blessures, les técnicos ont aussi un produit magique: leur salaire. Voici une petite liste publiée en septembre 2010 des SALAIRES MENSUELS des principaux entraîneurs du Brésil.

Salario dos treinadores

1 – Felipão (Palmeiras): 700 mil
2 – Murici (Fluminense): 550 mil
3 – Luxemburgo (Atletico MG): 500 mil
4 – Dorival Jr. (Santos): 350 mil
5 – Celso Roth (Inter): 300 mil
6 – Joel Santana (Botafogo): 270 mil
7 – Renato Gaucho (Gremio): 260 mil
8 – Adilson Batista (Corinthians): 250 mil
9 – Cuca (Cruzeiro): 230 mil
10 – P.C. Gusmão (Vasco): 150 mil

http://blog.chicomaia.com.br/2010/09/20/os-maiores-salarios-e-folhas-do-futebol-brasileiro/

A ce prix là ils peuvent avoir des états d´âme !

Antony a dit…

Cher Alexandre
Je me doutais bien que cet argument (parfaitement valable au demeurant) viendrait dans le débat ! ;)
Quand je dis "pire job au monde", ça ne veut certes pas dire "plus pénible, plus difficile", mais bien "pire" au sens de "désastreux, consternant". Je ne prends nullement la défense des entraîneurs, qui sont des "victimes" bien dociles de l'inconséquence des dirigeants du football brésilien, et qui au final profitent éhontément du système.
Qu'on soit bien d'accord là-dessus, amigão ! ;)

Anonyme a dit…

Bien vu pour Santana! La defaite contre Vasco a ete de trop!

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