20 septembre 2010

Elections 2010 : pancartes, calicots, clips vidéos et autres joyeusetés !

Si vous êtes des fidèles lecteurs de ce blog, vous n'êtes pas sans ignorer que le 3 octobre prochain, quelques 130 millions de brésiliens se rendront aux urnes (électroniques) pour choisir  le successeur du président Luis Inacio Lula da Silva. Mais ce que vous savez peut-être moins, c'est que cette élection (dont le vote est obligatoire, à l'instar de nos amis belges), qui monopolise l'attention médiatique, est loin d'être la seule qui agitera le pays en ce début de printemps austral !

En effet, les électeurs, s'ils n'ont en théorie pas l'option de rester "tranquilles" à la maison, peuvent se "consoler" en se disant qu'au moins ils ne se déplacent pas en vain ! Ils vont ainsi être amenés à voter pas moins de cinq fois : 
- Ils choisiront le nouveau Président de la République Fédérale du Brésil, donc. Dilma Rousseff (grande favorite) ou José Serra (en grande difficulté), voire Marina Silva (le joker vert ?) ;
- Ils iront aux urnes pour renouveler intégralement la Chambre des Députés (l'équivalent de notre Assemblée Nationale), soit 513 représentants des 27 Etats de la Fédération (en vérité 26 Etats et le District Fédéral, de Brasilia), élus dans un scrutin direct et proportionnel des listes par Etat -avec un minimum de 8 députés pour chacun des Etats. Il s'agit donc des Députés Fédéraux (Deputado Federal, le vocabulaire est important pour suivre la suite !) ;
- Ils devront également choisir leurs Sénateurs : le Sénat Fédéral compte 81 membres, soit 3 par Etat, et est renouvelé aux 2/3 (ou 1/3) tous les 4 ans. Ce coup-ci, ce sont 54 nouveaux Sénateurs Fédéraux (Senador Federal) qui siégeront à Brasilia, élus pour le coup au scrutin majoritaire ;
Le Parlement à Brasilia 
- S'ils leur reste un peu d'énergie et de clairvoyance (?), les électeurs nommeront leurs prochains Gouverneurs d'Etat (Governador), 1 pour chaque Etat -soit 27 au total. C'est la seule élection, à l'exception bien entendu de la présidentielle, qui parvient à avoir un peu de surface médiatique. Ainsi à Rio, la lutte entre le sortant (et archi-favori) Sergio Cabral et son challenger principal, le vieux renard du Partido Verde Fernando Gabeira, bénéficie d'un chouia de visibilité, même si les jeux semblent faits (Cabral est à près de 60% d'intentions de vote).  
- Enfin, s'ils n'ont pas les doigts remplis de crampes à force de tapoter sur leurs machines électroniques de vote (où des numéros représentent chacun des candidats -ainsi le 45 pour Serra ou le 13 pour Dilma), les brésiliens renouvelleront les Assemblées Législatives de chaque Etat ! Les candidats sont pléthore, dans tous le pays, pour composer des assemblées qui comptent en moyenne une cinquantaine de Députés d'Etat (Deputado Estadual) (70 dans l'Etat de Rio, qui siègent dans le très beau Palais Tiradentes). 

Si l'intention première d'une telle concentration de votes est louable (le vote étant obligatoire -84% de participation en 2006- il s'agit de faire déplacer le moins possible les citoyens de façon "forcée"), le résultat pour la santé démocratique du pays est à mon sens catastrophique : à l'exception d'une toute petite frange de la population, personne ne comprend rien aux différentes strates qui composent la République Fédérale du Brésil, et le citoyen vote machinalement (c'est le cas de le dire !) à ce gloubi-boulga politique mélangeant tous les niveaux de responsabilités du pays (à l'exception notable des Mairies), sans saisir les enjeux de chacune des 5 élections en cours ainsi que les missions respectives de chacun des corps en présence -et on les excuse bien volontiers, imaginez qu'il faille en France que nous élisions en une seule fois le Président, l'Assemblée Nationale, le Sénat, les Régions et les Cantons ! Folie !

Pour émerger dans ce maelström de candidatures en tout genres, les apprentis Députés ou Sénateurs disposent de supports originaux, et doivent rivaliser d'ingéniosité (?) pour frapper les consciences de leurs concitoyens : pas question de débattre des programmes des uns et des autres (ça peut intéresser qui ?), donc on s'affiche dans la rue avec force accroches percutantes, ou on profite des quelques secondes accordées par candidat à la télévision pour tenter d'alpaguer l'attention du citoyen !

Je vous ai préparé un petit florilège de pancartes ou beaux calicots qui égrènent la orla d'Ipanema ces jours-ci, ou encore les sympathiques bicyclettes électorales que l'on croise au détour du posto 9...
Je débute par mon préféré : le candidat "couillu" à la députation fédérale Marcelo Itagiba, ancien policier fédéral, qui tente de se faire réélire sur le slogan populiste "tous pourris, sauf moi"...Gros moment aussi, la voiture à haut-parleurs du candidat scandant, sur un air de samba, le refrain "Ô Itagiba, pega o ladrão" ("Oh Itagiba, attrape le voleur..."). 
Mention spéciale également pour Claudio Rocha, candidat Député Fédéral, "militaire et gay", qui veut "vaincre les a prioris !". Style Village People assumé ! 
Les candidats s'affichent également aux fenêtres des appartements, en banderoles tractées par des vélos ou des charmantes jeunes filles en rollers, ou encore sur les portières des voitures...Tout est bon pour optimiser sa visibilité à peu de frais ! Petit best-of ci-dessous ! 

Et puis peut-être le plus sensationnel, dans toutes les acceptions du terme, la campagne télévisée officielle vaut vraiment le détour ! Tous les soirs de 20h30 à 21h, c'est un défilé ininterrompu de candidats aux postes de Deputado Estadual, de Deputado Federal...A l'exception des rares têtes d'affiche, impossible de savoir exactement combien sont ces candidats, quelles sont leurs motivations, quels partis ils représentent...Ils disposent de quelques secondes seulement pour marquer le coup et tenter de s'incruster dans la tête embrumée du téléspectateur-citoyen, qui finit au bout de la demi-heure littéralement assommé par cette frénésie de trombines qui se succèdent, de chiffres qu'ils éructent, de shows qu'ils proposent !
Un formidable exemple des "bizarreries" que l'on peut croiser à "l'heure électorale" : 
 
Je vous recommande en particulier : 
- La bimbo Mulher Pera, 26"
- L'agressive Luciana Costa, 40"
- le fabuleux "Tiririca de la télévision", 53", qui avoue "ne pas savoir à quoi sert un Député Fédéral, mais si tu votes pour moi, je te raconterai ! Pire que moi, ça n'existe pas !". Enorme, non ?! 

Et puis une autre compilation qui vaut le coup d'oeil : 
Respect ici pour : 
- Vaitinho, le super-héros fédéral, 13"
- Le surexcité Chupetinha, 57"
- Le cow-boy Delegado Waldir, 1'10" ! 

4 commentaires:

Davidikus a dit…

Quand j'étais à Brasilia, il y avait des poseurs d'affiche payés par les partis pour mettre des affiches près des bâtiments officiels. Il y en avait aussi d'autres, payés pour les enlever. Ironie du sort : c'était les mêmes, qui faisaient donc du travail le matin pour le défaire le soir...

http://davidikus.blogspot.com/

G-ROM a dit…

Certains spots font preuve de sacrément de créativité. Avec des tous petits budgets, manifestement.

Perso, je suis fan du cowboy qui aligne les petits canards en parlant de pédophilie, de narco traffic etc., la métaphore est saisissante ;~)

Cannes devrait ouvrir une catégorie clips politiques et encore une fois, les publicitaires brésiliens brilleraient.

r1o a dit…

J´en profite pour tirer mon chapeau a Romário qui vient d´être élu deputado federal! O Baxinho, qui je le rappelle a été condamné à trois ans de prison pour fraude fiscale en 2009 (finalement transformés en TIG) puis qui paradait pour une marque de bière lors de la coupe du monde: c´est tout simplement Enorme!

Une mention spéciale pour le "pega ladrao" du samedi matin au réveil ...

Plus sérieusement, je suis aussi assez d´accord pour dire que le cocktail "vote obligatoire + vote groupé" ne fait pas du bien à la démocratie brésilienne.

Antony a dit…

@r10 : Et Bebeto élu aussi ! :) Mais pas Itagiba, finalement son "pega o ladrão" ne le faisait pas tant que ça ;)

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